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La Turquie ferme sa porte au système de paiement russe Mir (« monde »), portant un coup sévère à ses ambitions internationales. Trois banques publiques turques qui acceptaient jusqu’ici les cartes bancaires au logo Mir, quasi-exclusivement utilisées par des citoyens russes, ont en effet annoncé ce mercredi renoncer prochainement à toute transaction avec le système russe.
Une douche froide pour de nombreux touristes russes, ou ceux qui ont trouvé refuge en Turquie, et qui ne peuvent déjà plus utiliser leurs cartes bancaires, alors que les réseaux internationaux comme Visa et MasterCard avaient déjà suspendu leur service auprès des banques russes. Deux grandes banques privées, Denizbank et Isbank, avaient déjà suspendu la semaine dernière les transactions avec le réseau Mir. Concrètement, il n’y pas plus de banques qui acceptent en Turquie le moyen de paiement russe.
Les mises en garde des autorités américaines semblent donc avoir joué à plein. La semaine dernière, le département du Trésor américain avait clairement indiqué que la conclusion de nouveaux accords ou l’élargissement d’accords existants avec le réseau de paiement Mir étaient de nature à permettre à la Russie de contourner les sanctions internationales.
Difficile pour les banques turques de se fâcher avec les autorités américaines au risque d’être coupées du système financier international (ou de subir de lourdes amendes), y compris des réseaux Visa, MasterCard, voire même de la messagerie interbancaire Swift. D’autant que le secteur bancaire turque est particulièrement développé dans le pays, et très en pointe en matière d’innovations dans les paiements.
Cette suspension annoncée par les grandes banques, notamment publiques, dont une traduit aussi une inflexion du discours officiel sur la question ukrainienne. En août dernier, lors d’une rencontre avec le président russe, Vladimir Poutine, le président turc Recep Erdogan, avait même souhaité élargir le champ d’acceptation de la carte Mir en Turquie. A New York, le président a confié à des journalistes que son pays cherchait désormais des alternatives à Mir, alors que les relations commerciales entre la Russie et la Turquie sont en plein boom.
D’autres pays pourraient suivre le mouvement, même si la carte Mir est très peu acceptée à l’international (malgré son nom, « le monde » en russe), hormis une poignée de pays limitrophes, comme l’Arménie ou la Biélorussie, ou d’autres pays comme le Vietnam et la Corée du Sud. Vendredi dernier, l’Ouzbékistan avait également annoncé avoir interrompu pour des raisons techniques le fonctionnement des cartes Mir, tout comme le Kazakhstan ou le Tadjikistan.
La défection de la Turquie représente un lourd revers pour la stratégie de développement à l’international du réseau Mir qui a pour ambition d’être une alternative à Visa ou MasterCard pour les paiements à l’étranger effectué par des russes.
En 2014, après le placement de certaines banques russes sous sanctions lors de l’annexion de la Crimée par la Russie, le gouvernement russe a décidé de créer un système national de cartes de paiement, connu plus tard sous le nom de Mir, sous la responsabilité de la banque centrale de Russie. Ce système fonctionne comme un centre de compensation pour toutes les transactions effectuées par carte en Russie. Ce système a été rapidement diffusé en Russie avec l’aide des administrations et des entreprises.
La carte Mir est devenue la norme pour les salariés, les retraités et les pensionnés et les fonctionnaires. Elle est utilisée par près d’un russe sur deux. Mais la carte Mir n’a jamais réussi à s’imposer à l’étranger. Des partenariats avec le système international MasterCard, ou le système chinois UnionPay, voire le réseau japonais JCB, n’ont jamais vraiment décollé.
Peut-être que son salut viendra – une fois de plus- de la Chine via un partenariat plus large avec UnionPay. Mais le durcissement de la position du gouvernement russe dans le conflit ukrainien n’est pas de nature à inciter les dirigeants chinois à afficher une nouvelle coopération avec le système financier russe.
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