Le yen japonais connaît une année noire. Depuis le début de l’année, il a perdu près de 18% face au dollar américain, 10% face au dollar australien et 6% face à l’euro, par exemple. C’est paradoxal. En période d’aversion au risque, la monnaie nippone est habituellement considérée comme une valeur refuge au même titre que le franc suisse, le dollar américain et l’or. Il y a de nombreuses raisons de s’inquiéter pour l’avenir : la guerre en Ukraine (qui perturbe encore certaines chaînes d’approvisionnement, notamment au niveau des matières premières agricoles), l’inflation galopante (qui continue de peser sur les perspectives économiques dans la plupart des pays) et le risque de récession aux Etats-Unis (qui n’est pas encore certain cette année mais qui s’accroît en raison du ralentissement marqué du secteur des services et du dégonflement brutal de la bulle immobilière).
Les autorités japonaises n’ont de cesse depuis le mois de mai de faire part de leur inquiétude concernant le taux de change du yen qui est jugé trop bas et trop volatil (bande de fluctuations pour l’EUR/JPY de près de 600 pips sur les cinq dernières séances, par exemple). Pour l’instant, le Japon se contente d’interventions verbales (qui sont un échec cuisant). Mais beaucoup d’analystes anticipent que l’archipel va finir par passer à l’action et intervenir directement sur le marché des changes, comme le fait la Banque nationale Suisse et beaucoup de banques centrales de pays asiatiques.
La Banque du Japon est coutumière du fait. Au cours des dernières années, elle est souvent intervenue sur le marché du Forex pour limiter l’appréciation du yen. Cette fois, l’objectif est de soutenir la monnaie nippone. Ce ne sera pas chose aisée.
Une action directe sur le marché des devises n’est pas toujours couronnée de succès. À la fin des années 1990, les gouvernements des Etats-Unis et du Japon se sont coordonnés pour soutenir le yen japonais qui chutait lourdement. Les banques de l’archipel ont vendu des dollars suivant les instructions du gouvernement de Tokyo. Mais cela ne fût pas suffisant pour endiguer la dépréciation du yen. C’est la crise financière de 1998 liée à la faillite du fonds d’investissement spéculatif LTCM (qui avait recours à un effet de levier trop élevé sur des investissements concernant les pays émergents et notamment la Russie) qui a fini par redonner de la vigueur au yen.
Acheter des yens sur le marché des devises, dans le cadre d’une intervention de la Banque du Japon, ne fait pas sens dans le contexte actuel pour deux raisons principales :
La baisse des émissions de bons du Trésor américain au cours de l’été (ce qui réduit la liquidité en dollar) couplée à la hausse des taux réels et nominaux aux États-Unis devraient entraîner une poursuite de la dépréciation du yen face au dollar américain. On peut aisément supposer que cette baisse sera aussi perceptible face à l’euro, dans des proportions moindres, toutefois. Cela accentue la probabilité d’une intervention sur les changes par la Banque du Japon. Mais ce sera un échec, c’est certain.
Il y a une seule solution viable pour que le yen reparte à la hausse dans le contexte économique et financier actuel. Il faut que les obligations souveraines du Japon soient assorties d’un taux de rendement plus élevé. Cela permettrait aux capitaux étrangers de revenir dans l’archipel, à la recherche de rendement élevés et sûrs. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Lorsqu’on regarde de près les flux de capitaux, on observe des sorties nettes de l’archipel. Ces capitaux sont recyclés sur le marché américain, sans surprise.
Pour sortir de cette situation, il faudrait que la Banque du Japon abandonne sa politique de contrôle de la courbe des taux qu’elle mène depuis 2016. Ce n’est toutefois pas sur la table, pour le moment. Ce dispositif vise à maintenir le taux de rendement des obligations souveraines à des niveaux comparativement très bas. Cela a abouti à des distorsions importantes sur le marché obligataire : les taux d’intérêt sur le court terme sont parfois plus élevés que sur le moyen terme.
À ce stade, il semble peu probable que la Banque du Japon décide de sortir du contrôle de la courbe des taux. Cela signifie certainement une baisse plus accentuée au cours de l’été du yen japonais. Un retour vers la zone des 143-144 est tout à fait probable pour l’EUR/JPY et un franchissement de la forte résistance située à 137,00 est quasiment certain pour l’USD/JPY, selon nous.
>> Achetez et vendez vos placements (Bourse, cryptomonnaies, or…) au bon moment grâce à Momentum, la newsletter de Capital sur l’analyse technique. Et en ce moment, avec le code promo CAPITAL30J, profitez d’un mois d’essai gratuit
© Prisma Media – Groupe Vivendi 2022 Tous droits réservés

source

Catégorisé: