Trois juges d’instruction antiterroristes ont ordonné mercredi que sept personnes soient jugées par la Cour d’assises spéciale pour avoir, à des degrés divers, aidé Radouane Lakdim à commettre les attentats de Trèbes et Carcassonne en mars 2018, qui avaient fait quatre morts dont le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, a appris l’AFP de sources proches du dossier.
Les suspects, six hommes et une femme âgés de 22 à 33 ans, ne sont pas poursuivis pour complicité mais pour avoir favorisé le passage à l’acte de l’assaillant, un délinquant de droit commun radicalisé tué le jour des faits lors d’un assaut du GIGN.
Dans une ordonnance de mise en accusation signée mercredi et consultée par l’AFP, les magistrats vont plus loin que les réquisitions du parquet national antiterroriste (Pnat) et ordonnent que cinq des suspects soient jugés pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».
Parmi ces accusés figurent la petite amie et le plus proche ami de l’assaillant, Marine Pequignot, 22 ans, et Samir Manaa, 27 ans, ainsi que Sofian Boudebbouza, aujourd’hui âgé de 24 ans. Déjà condamné quand il était mineur pour avoir projeté de se rendre en zone irako-syrienne en 2017, ce dernier est accusé d’avoir fourni un soutien intellectuel à Radouane Lakdim.
Marine Pequignot, une convertie « totalement imprégnée de l’idéologie jihadiste », avait justifié lors de sa garde à vue les attaques de Radouane Lakdim, qu’elle fréquentait depuis plusieurs années. « Vous ne comprenez pas la religion. Mais tout musulman doit défendre la religion, en parole ou en acte », avait-elle assuré, avant de nuancer ses propos.
Samir Manaa, délinquant de droit commun lui aussi, faisait du sport et du trafic de stupéfiants avec Radouane Lakdim. Quinze jours avant les faits, il l’avait accompagné pour acheter le poignard utilisé pour égorger Arnaud Beltrame.
A leurs côtés, deux autres hommes, Reda El Yaakoubi, 32 ans, et Ahmed Arfaoui, 27 ans, comparaîtront pour la même qualification criminelle, alors que le Pnat n’avait retenu à leur encontre que des délits. L’un des deux, beau-frère de l’auteur, avait nettoyé le domicile familial des Lakdim, emportant un sac volumineux avec lui, avant une perquisition des policiers. Deux autres suspects seront jugés pour des délits connexes, notamment la détention d’armes.
Tous ont assuré ignorer le projet criminel de Radouane Lakdim, âgé de 25 ans, fasciné par les armes et haïssant les forces de l’ordre. Les juges d’instruction ont en revanche ordonné un non-lieu pour un quadragénaire, présenté comme un père de substitution de Radouane Lakdim et qui était un informateur des renseignements. Il avait signalé en 2014 sa radicalisation, puis alerté sur son comportement en janvier 2018. Mais un rapport daté du 16 janvier 2018 proposait « une mise en veille de la surveillance » de l’assaillant, aucun élément ne témoignant de son appartenance à la mouvance djihadiste.
Enfin, deux autres suspects, Baghdad H. et Sofiane M., sont renvoyés pour des délits connexes, notamment la détention d’armes. Sofiane M. avait été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. La réduction des charges retenues contre lui « est une belle décision qui n’était pas évidente à obtenir, au regard de la pression populaire et du caractère insoutenable de ces actes terroristes que je suis le premier à condamner », a réagi son avocat, Me Pierre Debuisson. Les autres avocats contactés n’ont pas répondu ou n’ont pas souhaité réagir.
Délinquant de droit commun fiché en raison de sa radicalisation, Radouane Lakdim avait volé une voiture à Carcassonne le matin du 23 mars 2018. Armé, il avait tué le passager de 61 ans et blessé le conducteur de 26 ans. Il avait ensuite tiré sur un groupe de CRS à proximité de leur caserne, blessant l’un d’eux, avant de rejoindre un supermarché à Trèbes. Se présentant comme un soldat du groupe État islamique (EI) et criant « Allah Akbar », il y avait tué un boucher et un client.
Le lieutenant-colonel Beltrame, qui s’était substitué à une hôtesse de caisse prise en otage par Radouane Lakdim, avait tenté d’obtenir la reddition de l’assaillant, avant d’être égorgé. La revendication de l’EI a été jugée « opportuniste » par la justice : les investigations n’ont pas établi que Radouane Lakdim avait eu des contacts avec l’organisation avant de passer à l’acte.
Guide Shopping Le Parisien
Offres d'emploi
Codes promo
Services
Profitez des avantages de l’offre numérique
© Le Parisien

source

Catégorisé: