Capital.fr : Quelles sont les mesures et le calendrier envisagés pour la libéralisation du dirham ?
Sofia Tozy : La réforme était dans les cartons depuis un an. Quand la banque centrale du Maroc l’a annoncée, il y a eu un mouvement de panique, lié à une crainte de dépréciation du dirham. En particulier, de nombreuses entreprises ont demandé aux banques du pays de couvrir ce risque, qui se serait mécaniquement traduit par un renchérissement de leurs importations. Il n’y a pas de calendrier officiel pour la mise en oeuvre de la réforme. Selon les rumeurs, la banque centrale pourrait décider de façon subite de laisser flotter le dirham, puis l’annoncer après coup, nous mettant ainsi devant le fait accompli.
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Quelles sont les motivations de la libéralisation de la devise ?
Elle s’inscrit dans la volonté du gouvernement d’”internationaliser” l’économie, de mieux l’insérer dans les échanges mondiaux, d’en faire une puissance exportatrice en Afrique du Nord… Or, un taux de change flottant est devenu la norme, pour être partie prenante du commerce mondial. Pour autant, la réforme du change sera progressive. Une libéralisation totale et un taux de change totalement flottant, comme en Egypte, ne sont pour l’instant pas en vue. Ce qui est pour l’heure envisagé, c’est un élargissement de 0,3% à 5% de la bande de fluctuation du dirham, par rapport à un panier constitué à 60% d’euros et 40% de dollars, ce qui se traduira tout de même par une plus grande flexibilité. Or, une devise plus flexible permettra de mieux gérer les chocs externes. Reste à savoir de quelle manière la réforme sera mise en oeuvre, mais Rabat vise une démarche contrôlée, pour éviter tout traumatisme.
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La réforme est-elle imposée par des bailleurs de fonds internationaux, comme ça a été le cas avec l’Egypte en 2016 ?
La situation est très différente du cas égyptien. Les réserves de change du pays avaient fondu, tombant sous le niveau de trois mois d’importations. La pénurie de dollars avait généré un marché de change parallèle, où la livre égyptienne valait bien moins que son cours officiel. Quand la banque centrale du pays a abandonné le régime de change fixe, la livre égyptienne a rapidement perdu la moitié de sa valeur… Le cas du Maroc est plus favorable. Le royaume dispose de réserves de change représentant plus de 5 mois d’importations, tandis que le taux de change du dirham correspond globalement aux fondamentaux économiques du pays. Nous n’anticipons donc pas de scénario “à l’égyptienne”, avec une forte dépréciation à la clé. Seule une attaque spéculative pourrait faire dévisser la monnaie…
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Une telle attaque est donc peu probable, selon vous ? A quoi s’attendre pour l’évolution prévisible de la parité euro/dirham ?
Au regard des indications du Fonds monétaire international (FMI) et des arguments de la banque centrale du Maroc, une attaque spéculative est improbable, compte tenu d’un déficit du compte courant (échanges de biens, de services, de revenus et de transferts courants, NDLR) inférieur à 2,5% et de réserves de change suffisantes. Et même si le dirham devait se déprécier – se traduisant ainsi par de l’inflation importée (les biens et denrées achetés à l’étranger se renchérissant mécaniquement, NDLR) et donc une érosion du pouvoir d’achat des ménages – les tensions sociales devraient rester limitées, du fait des importantes subventions consenties par Rabat pour les biens de première nécessité. Et, autre avantage, un dirham déprécié soutiendrait la compétitivité à l’export des entreprises du royaume chérifien…
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Quelles seront les conséquences de la réforme du dirham pour le tourisme et les investissements étrangers – et chinois en particulier… ?
Si le dirham devait se déprécier, cela donnerait un coup de fouet au tourisme. Les investisseurs étrangers devraient quant à eux apprécier un taux de change plus flexible. Les mouvements de capitaux pourraient s’intensifier. Alors que Rabat mène une véritable politique industrielle pour faire du pays un acteur qui compte dans l’automobile et l’aéronautique sur l’échiquier mondial, un régime de change flottant vise entre autres à éviter d’éventuels problèmes de compétitivité prix des entreprises marocaines…
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Propos recueillis par Nicolas Gallant
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