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À la suite de l’attaque de deux policiers à Viry-Châtillon (Essonne), Bernard Cazeneuve a qualifié les coupables de « sauvageons », déclenchant plusieurs réactions politiques.
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Les « sauvageons » dans le discours politique
Bernard Cazeneuve durant sa visite au commissariat de Savigny-Sur-Orge le 10 octobre 2016. 
Thomas Samson/AFP
Lundi 10 octobre sur RTL, le ministre de l’intérieur a voulu montrer sa fermeté face à la « bande de sauvageons qui ont agi avec lâcheté », analyse linguistique à l’appui : « dans « sauvageon », il y a « sauvage », a-t-il ainsi précisé, puisqu’il s’agit d’une « véritable attaque barbare, sauvage, qui était destinée à tuer. »
Les réactions se sont succédé toute la journée de lundi, initiées par un tweet de Marine Le Pen, « Des sauvageons ? ! Non, des criminels ! ». Valérie Debord, porte-parole des Républicains, a exigé la démission de Bernard Cazeneuve « après de tels propos inqualifiables. »
Si le terme a aussitôt été relevé, c’est qu’il fait écho à la polémique déclenchée par Jean-Pierre Chevènement en 1999 lorsqu’il l’employa pour désigner de jeunes délinquants multirécidivistes.
Il y a deux ans encore, l’ancien ministre de l’intérieur se défendait lors de l’émission La voix est libre sur France 3, face à ceux qui l’accusaient d’avoir poussé trop loin le vocabulaire politique : « Sauvageons et racaille, cela n’a rien à voir ! Sauvageons, c’est un arbre non-greffé. En utilisant ce terme, je pointais le défaut d’éducation. Racaille, c’est une expression choquante. Sauvageon, ça n’a peut-être pas été compris, beaucoup ont été choqués car ils ont entendu « sauvage » ».
Que s’est-il donc passé pour que l’analyse sémantique faite par ces deux hommes politiques diffère aussi radicalement, s’agissant du lien entre « sauvageon » et « sauvage » ? Pour que cette expression apparaisse aujourd’hui scandaleuse par faiblesse, alors que c’est son excès qui la disqualifiait auparavant ?
« Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a imposé de tels mots dans le paysage médiatico-politiqueque le terme de « sauvageons » semble aujourd’hui un euphémisme, comparé à « racaille », « serial violeur », « monstre » ou « barbare » », analyse le politologue Damon Mayaffre, spécialiste du discours politique.
De façon plus générale, notre société « s’est accoutumée à cette surenchère verbale face aux violences de plus en plus incontrôlables, destructrices, auxquelles elle se trouve confrontée, explique le philosophe Marc Crépon, directeur du département de philosophie de l’École normale supérieur. Nous n’avons plus de mots appropriés pour nommer cette violence devenue omniprésente, qu’elle soit urbaine ou terroriste. » De ce point de vue, « sauvageon » et « barbare », « ce sont des mots par défaut », qui disent notre désarroi et notre impuissance.
Reste que, s’il s’inscrit dans ce contexte de surenchère généralisée, le mot est trop singulier pour avoir été choisi par hasard. « C’est un clin d’œil volontaire, poursuit Damon Mayaffre. Bernard Cazeneuve entend montrer qu’il lutte fermement contre la délinquance, à la façon dont la gauche chèvenementiste l’a fait, avec force mais sans tomber dans l’outrance. C’est aussi une manière de faire signe à l’électorat de centre gauche, attaché à un État fort et qui pourrait bien basculer du côté d’Alain Juppé. Et d’occuper le terrain médiatique au moment où il est phagocyté par la primaire de droite ».
Cependant, le chercheur se dit sceptique sur cette stratégie qui consiste à reprendre « un mot mal né ». À l’instar de Bernard Cazeneuve, les hommes politiques n’ignorent pas l’histoire problématique de mots tels que « sauvageon » ou « barbare », qui empêche tout usage rationnel. En en usant, ils cherchent plutôt à créer un effet, à signifier qu’ils sont conscients de la gravité des faits.
Sommés d’intervenir immédiatement, ils se trouvent toujours pris de court par la violence qui, par définition, fait irruption. « Ce que l’on attend d’eux et ce qu’on ne leur pardonne pas s’ils y manquent, ajoute Marc Crépon, c’est d’exprimer une émotion, une indignation, avant même de proposer une analyse. Cette réaction est bien sûr nécessaire mais elle ne devrait autoriser aucune surenchère verbale, car l’émotion s’accompagne toujours d’une précipitation de la parole et du jugement. »
Peut-être est-ce là le changement le plus saillant : la mesure de ce que le citoyen estime être une surenchère acceptable dans le discours politique. « Dans cette perspective, le risque le plus clair serait que la communication politique soit contaminée par le tempo du Front National, conclut-il, les hommes politiques ne voulant jamais apparaître un cran en dessous ».
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