Divisés, même à Montréal, des Turcs en ont assez du gouvernement au pouvoir tandis que d’autres sont heureux que la tentative de coup d’État de vendredi ait échoué.
À l’Association musulmane turque de Montréal, le président Mehmet Deger assure que le peuple est satisfait du travail du gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan.
«Les gens sont contents de ce gouvernement. Le président a été élu démocratiquement et même ses opposants s’entendent pour dire qu’un coup d’État est inacceptable», soutient M. Deger.
Pourtant, d’autres Turcs rencontrés à Montréal ne sont pas surpris d’une telle tentative et auraient souhaité que les militaires réussissent à prendre le pouvoir.
«C’est difficile de commenter parce que si on n’a pas la même opinion, on va se faire ramasser. À Montréal, les Turcs sont très conservateurs et ils sont restés avec la même mentalité que lorsqu’ils sont partis de la Turquie», confie un commerçant turc, qui préfère garder l’anonymat par peur de représailles. D’autres Turcs ont d’ailleurs refusé de nous parler.
Muhammet Topal, qui est arrivé au Canada il y a dix ans, peine encore à croire ce qui est survenu.
«Pour l’instant, j’attends de savoir qui est derrière le coup d’État raté. Quand j’ai vu les images, j’ai cru que c’était un acte terroriste. Avec ce qui est arrivé à Nice, en France, je croyais plutôt à un attentat qu’à un coup d’État», confie-t-il.
Le coup d’État avorté en Turquie, mené dans la nuit par des militaires rebelles, a fait au moins 250 morts et 1440 blessés parmi les forces loyalistes et les civils et les putschistes.
Éviter la Turquie
Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a conseillé aux Canadiens d’éviter de se rendre en Turquie pour l’instant.
Il a également félicité le peuple turc d’avoir défendu la démocratie.
«Nous sommes soulagés que la démocratie ait pu être maintenue et que le gouvernement élu démocratiquement demeure au pouvoir», a-t-il indiqué.
Hausse de popularité
À Montréal, tout comme en Turquie, la communauté semble fragmentée, dit Stefan Winter, professeur de l’histoire et de la politique de la Turquie à l’UQAM.
«Le régime a une bonne base populaire, mais on a entendu des critiques à la suite des restrictions du gouvernement au niveau de la liberté de presse, de l’indépendance du système judiciaire et de la liberté d’expression», souligne M. Winter.
Il prévient toutefois que cette tentative de coup d’État aura l’effet contraire et permettra au président Erdogan de voir ses appuis se multiplier.
«Quand l’armée se dresse comme garante des libertés civiles, ça n’a pas de sens. Même les opposants d’Erdogan rejettent l’intervention militaire», mentionne l’expert.
ISTANBUL | Ces dernières années, les détracteurs du président Recep Tayyip Erdogan sont à la fois des gouvernements étrangers et des citoyens turcs qui font part de leurs inquiétudes sur sa tendance grandissante à l’autoritarisme.
Arrivé à la tête du gouvernement en 2003 sur les ruines d’une grave crise financière, M. Erdogan est d’abord loué par ses partisans comme l’homme du miracle économique et des réformes qui ont libéré la majorité religieuse et conservatrice du pays du joug de l’élite laïque et des interventions politiques de l’armée.
Mais depuis trois ans, il est aussi devenu la figure la plus critiquée de Turquie, dénoncé pour sa dérive autocratique et islamiste.
Le chef de l’État veut changer la Constitution turque actuelle, rédigée sous l’influence de la junte militaire qui avait pris le pouvoir en 1980 en Turquie. Cette réforme a essentiellement pour but de faire passer la Turquie d’un régime parlementaire à un régime de type présidentiel afin de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains.
Or, l’homme fort du pays possède déjà un pouvoir politique, économique et médiatique inégalé dans l’histoire moderne de la Turquie.
Un palais symbolique
Sa hantise des réseaux sociaux et de la presse indépendante renforce l’inquiétude de ceux qui, comme le chef de l’opposition Kemal Kiliçdaroglu, l’accusent de vouloir «rétablir le sultanat».
Luxueux, gigantesque et extravagant, le palais de 500 millions d’euros (plus de 700 M$ canadiens) dans lequel il a emménagé il y a deux ans est devenu le symbole de sa «folie des grandeurs».
Ses rivaux l’accusent en outre d’avoir ravivé le conflit kurde à l’été 2015 pour satisfaire ses ambitions de pouvoir absolu. Ses discours enflammés et provocateurs inquiètent de plus en plus.
Coup d’état: la menace terminée
Ottawa invite au respect de la démocratie
161 morts, sans compter les putschistes
10 choses à savoir sur le président turc
Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter
Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d’utilisation.