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OLJ / Par Georges Élias BOUSTANI, le 19 octobre 2022 à 00h00
Charge d’infanterie grecque sur les bords de la rivière Ermos pendant la guerre gréco-turque (1919-1922). Photo Wikipédia
La guerre gréco-turque de mai 1919 à octobre 1922 éclate entre le royaume de Grèce et le Mouvement national turc qui refuse le morcellement de son pays, conséquence de la défaite des Ottomans et du partage de leur empire par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale.
Manipulée par l’Angleterre afin de pousser les Ottomans à signer le traité de Sèvres, la Grèce attaque Izmir qu’elle avait revendiquée durant la conférence de paix de Paris en 1919, et cela afin de réaliser « La Grande Idée » « Megáli idéa », celle de faire revivre le monde grec antique autour de la mer Égée. L’objectif des Anglais était aussi de couper le chemin vers l’Italie, qui débarque en Anatolie, au mois de mars 1919, occupant les villes de Konya et d’Antalya, et cela suivant les accords de Saint-Jean-de-Maurienne d’avril 1917, signés par la Grande-Bretagne, la France et l’Italie, en promettant à cette dernière un vaste territoire à l’ouest de la Turquie, afin de l’encourager à entrer en guerre.
Sous prétexte de sécuriser 2,5 millions de grecs-orthodoxes qui vivent en Anatolie, suite à plusieurs massacres de chrétiens commis par le Comité union et progrès qui a perdu le pouvoir à la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, les forces grecques débarquent, le 15 mai 1919, dans la ville de Smyrne (Izmir) et en prennent le contrôle, sans une véritable résistance (on ne signale que quelques escarmouches), l’armée turque venant de recevoir de son gouvernement l’ordre de ne pas intervenir.
Avant la guerre gréco-turque, les conditions de l’armistice de Moudros signé le 30 octobre 1918 entre les alliés vainqueurs et l’Empire ottoman, avaient réduit l’empire à l’Anatolie, avec renonciation à toute présence au Hedjaz, au Yémen, en Syrie, en Mésopotamie, Tripolitaine et Cyrénaïque. Les Alliés pouvaient dès lors occuper les détroits des Dardanelles et du Bosphore, Batoumi et les tunnels des monts Taurus.
Un groupe de politiciens et d’officiers ottomans avec à leur tête Mustafa Kemal Atatürk, héros de la bataille des Dardanelles (Gallipoli) et faisant partie du Mouvement national turc, refuse l’armistice de Moudros. Ce groupe prend alors Ankara comme siège et tente de convaincre le sultan Mohammad VI qui avait pris le parti d’une résignation pacifique à l’égard des Alliés de refuser les conditions de l’armistice, mais en vain. Mustafa Kemal prend alors la tête d’un gouvernement créé à Ankara le 23 avril 1920. L’empire se trouve dès lors gouverné, de facto, par deux autorités concurrentes. Dans ce contexte, le sultan se décide à combattre, lorsque son armée se rapproche d’Ankara, Atatürk se trouvant dans une situation critique avec des désertions dans ses troupes, il ne lui reste plus alors qu’à se replier.
Deux événements se produisent alors : l’occupation d’Izmir par la Grèce, suivie du traité de Sèvres conclu le 10 août 1920 qui fragmente l’Anatolie entre la France, l’Italie, la Grèce, un État pour les Arméniens et l’autonomie pour les Kurdes. Istanbul et les détroits sont placés sous le contrôle d’une commission internationale, qui ne laisse à la Turquie que 420 000 km2 sur les 1 780 000 km2 existant avant la guerre.
Ces deux événements suffisent à unir le pays autour d’Atatürk. Le sultan, isolé, est alors forcé d’abdiquer le 1er novembre 1922. Ce retournement de situation aboutit à ce que la politique de confrontation l’emporte. C’est dans ce contexte que la contre-attaque par les révolutionnaires turcs d’Izmir, occupée par la Grèce, commence le 26 août 1922, avec le soutien de l’URSS et la complicité de la France et de l’Italie. Les Turcs entrent dans Smyrne le 9 septembre. L’expulsion de l’armée grecque, elle, s’achève le 14 septembre 1922.
Durant l’attaque, l’armée turque, contre les ordres de son chef Atatürk, commence alors un massacre de grande ampleur contre les Grecs d’Anatolie. Smyrne est incendiée. Le feu ravage les quartiers chrétiens et les détruit presque entièrement, mais épargne les quartiers juifs et musulmans. L’origine de l’incendie a fait l’objet de controverses et de disputes nombreuses entre Grecs et Turcs, ces derniers accusant les chrétiens de s’être livrés à une politique de la terre brûlée. Quant aux témoignages des diplomates étrangers, ils se contredisent sur la désignation des responsables du drame.
Dans la foulée, la troupe turque massacre des civils innocents et pille les maisons évacuées. Concernant le nombre de victimes, les témoignages de l’époque sont, là encore, contradictoires, mais on peut constater, comme conséquence des déportations et des massacres, la disparition de la majorité de la communauté grecque d’Anatolie. Parmi les victimes, il faut signaler le martyre de Mgr Chrysostomos qui, ayant refusé de quitter la ville et d’abandonner ses fidèles, a succombé dans les rues d’Izmir, après des mutilations et des tortures humiliantes et atroces, sous les yeux d’une troupe de soldats français qui n’a pas jugé bon d’intervenir. Mgr Chrysostomos est l’oncle de Jean Éleftériadès. Né en 1900, ce dernier est un rescapé de la guerre qui a choisi le Liban comme destination. Il est le père et le grand-père de plusieurs personnalités connues du monde des affaires et des arts au Liban.
Les déportations qui ont eu lieu ont été officialisées par le traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923. Ce traité a été signé après les victoires de l’armée kémaliste qui a gagné sur tous les fronts. Les Alliés remplacent le traité de Sèvres dénoncé par les kémalistes et unifient la Turquie dans ses frontières actuelles. Ils prévoient le transfert de 1 350 000 chrétiens d’Anatolie et de Thrace orientale qui doivent regagner la Grèce, alors qu’une partie a choisi la Russie, l’Europe, la Syrie et le Liban, tandis que 350 000 musulmans de Macédoine doivent quitter la Grèce et s’installer en Turquie.
Les massacres et les déportations ont fait perdre à Izmir, à jamais, son statut de ville cosmopolite, dans laquelle les habitants de diverses ethnies, confessions, nationalités et langues, grecs-catholiques, orthodoxes, arméniens, grégoriens, juifs, musulmans, turcs et arabes cohabitaient ensemble en harmonie, avec des échanges à tous les niveaux, et cela malgré quelques restrictions à l’égard du « Peuple du Livre », suivant la charia islamique. Cela sans compter une ouverture sur le monde extérieur, accentuée par la présence, dans la ville, des écoles des missions étrangères et des Européens (Français, Anglais, Vénitiens, Hollandais, etc.).
Ce monde avait commencé à se fissurer, avant même la guerre gréco-turque, c’est quand le Comité union et progrès avait pris le pouvoir (1908-1918) avec des idées nationalistes à l’occidentale, qui se sont transformées, par la suite, en un véritable racisme turc à l’égard des autres peuples.
Architecte D.P.L.G.
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