«Chaque année, nous recevons un grand nombre de demandes de visite pour les Journées du patrimoine. Pour l’édition 2020, toutes les places ont été réservées en quelques minutes », relèvent les responsables de la Monnaie de Paris, dont la principale usine est à Pessac, comme son nom ne l’indique pas forcément. Sauf que les Journées du patrimoine 2020 ont été annulées à cause du Covid-19. Pas d’ouverture au grand public, donc, mais à « Sud Ouest », oui, dans un contexte où ce fleuron de la souveraineté nationale cherche à communiquer.
Combien de Girondins savent que les euros aux motifs français qu’ils ont dans leur porte-monnaie ont tous été frappés ici, dans la zone industrielle de Bersol, à deux pas de la rocade bordelaise et de l’autoroute A63 ? Il est vrai que cette usine…
Combien de Girondins savent que les euros aux motifs français qu’ils ont dans leur porte-monnaie ont tous été frappés ici, dans la zone industrielle de Bersol, à deux pas de la rocade bordelaise et de l’autoroute A63 ? Il est vrai que cette usine, mise en service en 1973 et restée dans son jus pompidolien, est en fait un bunker. On n’y entre pas sans décliner son identité ; on n’y circule pas sans badge et on n’en sort pas sans passer par un portique qui détecte tout objet métallique. Comme dans les aéroports.
Pareil à l’intérieur, interdiction de donner des informations permettant de localiser les endroits où les pièces sont stockées, ni d’identifier ceux qui y travaillent. On dira juste qu’ils sont 180 à Pessac (lire par ailleurs). Leur mission : frapper toute la monnaie française courante, mais aussi des pièces commémoratives (500 ans de la mort de Vinci, 30 ans de la chute du Mur de Berlin…), des médailles et aussi les monnaies d’une quarantaine d’autres pays.
Lesquels ? Jacky Frehel, le directeur industriel, ne cite pas ces états clients – secret commercial – mais des zones géographiques : « L’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Afrique francophone, pour qui nous frappons des francs CFA, et d’autres pays européens, qui ont choisi de ne pas frapper leur monnaie eux-mêmes… Aujourd’hui cela représente près de la moitié de notre activité. Il y a quelques années, c’était plutôt 20 %. »
Bref, à la fonction régalienne de fabrication de la monnaie nationale, s’est ajoutée une activité clairement commerciale, rendue possible par l’autonomie juridique que la Monnaie de Paris a obtenue en 2007.
La crise du Covid-19, la peur du contact avec un objet métallique, sont passées par là. Elles ont amplifié une tendance déjà engagée en faveur du paiement numérique. A la fin juin 2020, c’est vrai, les pièces et les billets en circulation représentait 1 394 milliards d’euros, soit une augmentation de 9,89% par rapport à juin 2019. Mais sur dix ans, le recul du cash est bien réel. « Les commandes de l’État sont en baisse, admet Jacky Frehel. Nous devons trouver d’autres marchés ailleurs. »
Ce, dans un secteur qui devient de plus en plus concurrentiel. Aux grands établissements publics canadien, britannique ou autrichien, s’ajoutent désormais des entreprises privées basées aux Pays-Bas ou en Pologne. « Et elles ont tendance à casser les prix. Nous sommes engagés dans une vraie bataille commerciale. »
Dans laquelle la Monnaie de Paris n’est quand même pas dénuée d’atouts. À commencer par son antériorité : l’établissement a été créé en 864 par Charles le Chauve, l’un des petits-fils de Charlemagne, et il n’a jamais cessé d’émettre de la monnaie. « On possède un savoir-faire qui se retrouve dans les ombrages, la brillance, les détails des pièces qu’on frappe. Cette qualité, on ne la trouve pas forcément ailleurs », revendique fièrement un salarié.
Exemple avec une pièce commandée par un état asiatique : « On nous a demandé de donner une allure fière au personnage qui se trouve sur l’avers (le côté face, NDLR) ; on a remonté le coin (lire par ailleurs) de deux degrés et ça a donné l’impression qu’il relevait le menton. » Quels que soit le niveau de mécanisation et l’utilisation croissante des technologies numériques, ce métier garde donc une forte dimension artisanale, presque artistique. « Un ordinateur seul ne peut pas rendre un galbe ou l’expression d’un visage. Il faut un regard humain. »
Même si les techniques évoluent avec l’apparition de nouveaux marchés. La Monnaie de Paris s’est ainsi dotée cette année d’une unité de colorisation. On y produit des monnaies de collection peintes avec des tampons en caoutchouc. L’encre est fabriquée avec un mélange chimique spécialement adapté au métal et elle est fixée en passant 20 minutes dans une étuve à 120 degrés.
Cette méthode a permis à l’usine de Pessac de produire des pièces à l’effigie de la Joconde ou des Schtroumpfs. Et d’autres projets sont en cours, dont une pièce à l’effigie d’un célèbre personnage de bande dessinée, « pour la sortie du prochain album d’ici la fin de l’année ». Suspense.
1,25 milliard de pièces courantes ont été produites à Pessac en 2019, dont 600 millions pour l’exportation. On y trouve 56 références de monnaie. Les billets, eux, sont imprimés par La Banque de France.
50 593 monnaies en or ont par ailleurs été frappées en 2019. À cela s’ajoutent 4,6 millions de mini médailles touristiques.
800 pièces sont frappées chaque minute par les presses monétaires.
La pièce de 2 euros est celle qui est le plus frappée. Massivement produite lors du changement de monnaie, le 1er janvier 2002, la pièce d’un euro n’est pratiquement plus frappée à l’heure actuelle. Les quantités de monnaies à produire chaque année sont déterminées conjointement par l’État, le Trésor public et la Monnaie de Paris.
180 salariés de la Monnaie de Paris travaillent à l’usine de Pessac, dont 140 à des postes liés à l’industrie. L’autre site, quai de Conti, à Paris, emploie 300 personnes dans des fonctions surtout administratives, commerciales et directoriales. Seules des médailles, des décorations et des pièces de collection y sont encore produites.

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