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Avec ses motifs de monnaie-du-pape à graines et capsules argentées, symbole de prospérité, la grille en fer forgé de l’entrée donne le ton : celle d’une maison du bonheur familial et de l’audace stylistique. Et de l’audace, ni Henri Sauvage, architecte de 26 ans, ni son commanditaire l’ébéniste Louis Majorelle, héritier d’une manufacture de “meubles modernes” qu’on s’arrache à Paris, n’en manquaient ! Entièrement conçue selon les “commandements” de l‘Art nouveau, la villa “Jika” – aux initiales de Jane Kretz, l’épouse de Louis Majorelle – fut tout à la fois leur “show-room, un lieu d’expérimentation… et d’intimité” raconte l’architecte Camille André qui a d’ailleurs puisé dans leur album photo et leurs catalogues pour superviser sa restauration avec du mobilier original, acheté ou reconstitué avec des artisans d’art. Et rendre à son quasi état d’origine la villa qui, après avoir longtemps servi de bureaux, après sa vente à l’État, ouvre enfin au public. Le projet initié par le musée de l’École de Nancy à la demande de la ville “Restituer l’intimité d’une maison habitée”, explique Claire Berthommier, responsable des collections.
Entre les tableaux de famille – Louis Majorelle et son fils Jacques ont fait les beaux-arts – le meuble à musique où l’on range les partitions et les patines murales irrégulières faites au pochoir pour restituer l’usure du temps, on s’y croirait… Tout en fluidité, asymétrie et détails inspirés du monde végétal, la villa est un manifeste de la modernité pour les artistes et artisans d’art de l’École de Nancy, dans le sillage d’Émile Gallé, d’Antoine Daum ou du maître-verrier Jacques Gruber, qui a réalisé le vitrail dans la cage de l’escalier tout en courbes dessiné par Louis Majorelle. Mobilier-pomme de pin, lampe-libellule, verts vibrants : partout, la flore et la faune inspirent leurs lignes souples et leur foisonnement poétique, jusqu’au papillon de la tête de lit incrusté de laiton et de nacre, comme prêt à redéployer ses ailes…
Fleurs de métal. Sous les volutes de la marquise, un motif de monnaie-du-pape, cher aux artistes de l’École de Nancy férus de botanique, orne la grille de la porte d’entrée en fer forgé, ainsi que les murs du vestibule.
Cascade de lierre dans l’entrée où la végétation semble “grimper” sur les montants torsadés de la rampe de l’escalier monumental dessiné par Majorelle. Proche de l’original, le lustre “Algues” a été conçu par Louis Majorelle, le maître-verrier Jacques Gruber et la manufacture Daum.
La bouche ouverte ! Spectaculaire, la cheminée en grès flammé du céramiste parisien Alexandre Bigot,inspirée de l’épi de blé, sépare la salle à manger du côté fumoir (à droite), éclairé par des vitraux à motif de coloquintes,signés Jacques Gruber. Mobilier “Les blés” de Louis Majorelle. En partie haute des murs, Francis Jourdain a peint des scènes champêtres.
Hautes tiges. Au mur de la chambre au premier étage, un portrait de Camille-Rose, la sœur de Louis Majorelle,?peint par Émile Friant. Sur la porte, un décor de vitraux à monnaie-du-pape a été recréé d’après des photos anciennes.
Vitrail mauresque et résille de bois doré orientaliste dans le salon, probablement influencés par l’installation au Maroc en 1917, de Jacques, le fils de la famille. Fauteuils et banquette “pomme de pin” et table “butomées”, inspirés du catalogue Majorelle.
Montée vers la lumière dans la cage d’escalier éclairée d’une verrière de Jacques Gruber qui décline le motif de monnaie-du-pape, dans une série de petits vitraux? située dans la deuxième volée de marches et jusque sur les pochoirs peints des rampants du toit !
Reportage et texte : Isabelle Soing
Photos : Vincent Thibert
Reportage issu du n° 519 – Septembre 2020
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