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La Turquie a officiellement changé de nom sur la scène internationale. On ne dit plus « Turkey » en anglais, « Turquie » en français, ou « Türkei » en allemand, mais « Türkiye », en turc, et ce, dans toutes les langues.
De notre correspondante à Istanbul,
Les Nations unies ont officiellement enregistré ce changement au début du mois, à la demande des autorités turques et à la suite d’une circulaire présidentielle signée en décembre dernier. Recep Tayyip Erdogan y justifiait cette décision en expliquant que l’appellation « Türkiye représente et exprime au mieux la culture, la civilisation et les valeurs de la nation turque ». Toutes les institutions internationales (Otan, Union européenne, etc.), tous les représentants étrangers sont donc priés d’utiliser « Türkiye » et rien d’autre dans leurs documents officiels, leurs prises de parole, leurs publications sur les réseaux sociaux… Les journalistes aussi sont encouragés à prendre le pli.
Même si aucun officiel turc ne le dit explicitement, c’était la traduction en anglais du nom du pays, « Turkey », qui pose problème. Sans la majuscule, le mot signifie aussi « dinde », c’est-à-dire l’oiseau, le dindon, la volaille dont l’image apparaît sur l’écran quand vous tapez « turkey » dans un moteur de recherche. Apparemment, la connotation n’était pas du goût des autorités, qui ont donc voulu modifier ce qui est en quelque sorte la « marque », « l’image de marque » du pays à l’international.
L’idée n’est pas nouvelle : dès les premières années de la République, fondée en 1923 sur les ruines de l’Empire ottoman, certains avaient déjà regretté l’association dans l’esprit des anglophones entre le jeune État et le volatile de basse-cour. Dans les années 1990, certaines entreprises avaient choisi d’exporter leurs produits sous l’appellation « Made in Türkiye ». Désormais, elles doivent toutes le faire.
Dans les faits, le changement n’est pas simple. Sur les versions en langues étrangères des sites officiels du gouvernement et de l’administration turcs, ou sur ceux de leurs ambassades à l’étranger, toutes les nouvelles publications utilisent bien le terme « Türkiye ». Mais dans les articles plus anciens, on trouve encore du « Turkey » ou de la « Turquie » à toutes les sauces.
Du côté des officiels étrangers, on note un effort, notamment dans les conférences de presse avec leurs homologues turcs, pour employer le terme idoine. Mais leur langue a tendance à fourcher lorsque le discours devient plus improvisé. Quant aux ambassades et aux consulats ici, rien n’a changé sur les sites officiels. États-Unis, Allemagne, France, Russie… Chacun s’en tient pour l’instant à sa traduction de « Türkiye ».
Ce nouveau nom donné à la Turquie nouvelle ne suscite pas un intérêt extraordinaire chez les Turcs, pour lesquels leur pays s’appelle de toute façon « Türkiye ». En revanche, sur les réseaux sociaux, il est intéressant de voir qui continue d’utiliser une traduction dans ses publications en langue étrangère, et qui a aussitôt adopté le « Türkiye », dans une forme de zèle nationaliste. Puisque, évidemment, il n’y a pas qu’une histoire de dinde dans cette décision du président Erdogan qui, lui-même, est constamment en train d’exciter la fibre nationaliste. Ce changement de nom sur la scène internationale, maintes fois commenté par l’actuel président, sert ce discours à un an des élections et du centenaire de la République de Turquie… pardon, la République de Türkiye.
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