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La minisérie de Rémi Forte mêle séquences d’animation, entretiens et récit fictif pour éclairer l’histoire de la cryptomonnaie et tenter de deviner les intentions de son inventeur.
Par
Temps de Lecture 3 min.
ARTE.TV – À LA DEMANDE – MINISÉRIE DOCUMENTAIRE
Satoshi Nakamoto est un peu le William Shakespeare du Web, le « Masque de fer 3.0 ». Mondialement connu pour avoir créé, en 2008, le bitcoin, cryptomonnaie au succès fulgurant et sulfureux, il demeure sans visage et son identité réelle n’est pas confirmée. Comme son titre l’indique, Le Mystère Satoshi ne promet pas de percer le secret, mais inventorie tous les éléments connus à ce jour sur ce que l’on présume être un programmeur de génie. Mieux, cette minisérie, qui se dévore comme une fiction d’espionnage, va permettre aux non-initiés de maîtriser les termes « blockchain », « cryptomonnaie » ou « cypher punk »…
Pour réussir ce coup de force en six volets de dix minutes, la réalisation s’approprie les codes visuels de l’anime (Satoshi Nakamoto n’est-il pas supposé être de nationalité japonaise ?), auxquels elle ajoute des entretiens avec des spécialistes et le récit fictif des réflexions de l’intéressé, formulées à la première personne, en voix off, par l’acteur Thibault de Montalembert.
Le premier épisode pose les bases. La voix explique son empathie avec les cypher punks, groupe d’activistes né à San Francisco en 1993. Comme eux, Satoshi Nakamoto souhaitait créer un système de communication sur le Web, libre et indépendant de tout contrôle – Etats, banques centrales, GAFA. Mieux qu’eux, il perçoit que, pour y parvenir, Internet a besoin d’une monnaie « anonyme, infalsifiable et sans intermédiaire ».
Satoshi Nakamoto profitera du krach financier de 2008 pour lancer le bitcoin, en publiant son Livre blanc, le 31 octobre, puis son code, le 3 janvier 2009, lançant ainsi le processus de « minage » (validation d’une transaction) dans une base de données ouverte partagée par ses membres (la blockchain), sans dépendre d’aucun organe central – mais générant une forte empreinte carbone, sujet survolé ici.
Que vont en faire les utilisateurs ? Le titre de l’épisode 2, La guerre est déclarée, ne laisse rien présager de bon. Au point de mener l’inventeur à se retirer, en 2011. Désormais, il n’y a personne à poursuivre, à attaquer, à mettre en prison. Dès lors, la traque (que relate l’épisode 3) est lancée par les médias – quitte à livrer à la meute, comme le fait Newsweek le 6 mars 2014, un malheureux homonyme.
Aujourd’hui, les spécialistes avancent que le mystérieux géniteur du bitcoin en posséderait 1,1 million. Une réussite (épisode 4) basée sur la rareté, le bitcoin étant limité dès sa création à 21 millions d’unités. Quand on sait que, le 3 novembre, le cours de la cryptomonnaie a frôlé son plus haut historique, à 66 000 dollars (58 670 euros), on comprend l’hystérie collective qui entoure le phénomène. « J’étais devenu l’observateur impuissant de ma création (…). J’allais me retrouver face à ce que le capitalisme produit de plus monstrueux », fait dire la voix à Satoshi (épisode 5).
Il a qualifié Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, qui crée en 2019 la libra, sa propre cryptomonnaie, de « destructeur du monde ». « Nous, les cypher punks, avions prophétisé le chaos. En réponse, moi, Satoshi, j’avais créé le bitcoin », dit la voix de Thibault de Montalembert. Qui « moi » ? D’aucuns avancent l’hypothèse d’un homme, d’une femme, d’un groupe d’amis, voire d’un algorithme. A moins que, pour paraphraser Alphonse Allais à propos de Shakespeare, Satoshi n’ait jamais existé et que ses codes aient été écrits par « un inconnu qui portait le même nom que lui »
Le Mystère Satoshi. Aux origines du bitcoin, épisode 1 Genesis, de Rémi Forte (2021, Fr., 6 x 10 min). Arte.tv Youtube Instagram
Catherine Pacary
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