Après l’Égypte et la Jordanie, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit « MBS », se rend en Turquie, ce mercredi 22 juin. Il s’agit de sa première visite depuis l’assassinat à Istanbul du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre 2018, attribuée à ses services de renseignement.
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Le retour en grâce du prince héritier saoudien « MBS » en Turquie
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi (à droite) recevant le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, au Caire, le 20 juin 2022.
-/AFP
Mohammed ben Salmane, dit « MBS », retrouve la lumière. Le prince héritier d’Arabie saoudite, mis au ban des nations occidentales pour avoir commandité, selon Ankara et le renseignement américain, l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, en octobre 2018, à Istanbul n’est plus un « pestiféré ». Après s’être rendu en Égypte puis en Jordanie en début de semaine, il sera ce mercredi 22 juin en Turquie, où il va rencontrer celui qui réclamait quasiment sa tête, le président Recep Tayyip Erdogan.
C’est dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul, que Jamal Khashoggi, éditorialiste saoudien critique au Washington Post, avait été tué et démembré le 2 octobre 2018 alors qu’il venait chercher des papiers nécessaires à son mariage avec sa fiancée turque. À l’époque, le président Erdogan avait accusé les « plus hauts niveaux du gouvernement saoudien » d’avoir commandité l’assassinat et proclamé à plusieurs reprises avoir les preuves de l’implication du prince. Des accusations portées aussi par le renseignement américain qui avait conclu que « MBS » avait « validé » cet assassinat.
La page est tournée, véritable miracle de la diplomatie. « Nous allons recevoir le prince héritier mercredi à Kulliye », du nom du palais présidentiel turc à Ankara, a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan. Lui-même s’était rendu fin avril en Arabie saoudite, où il avait rencontré le prince héritier avant d’effectuer une brève halte à La Mecque à l’occasion du Ramadan. Tous deux ont discuté à Jeddah des « moyens de développer » les relations entre leurs pays, a rapporté l’agence de presse d’État saoudienne SPA.
Entre-temps, début avril, la justice turque a décidé de clore le procès de l’assassinat du journaliste et renvoyé l’encombrant dossier aux autorités saoudiennes, ouvrant la voie au rapprochement entre les deux capitales. À l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort et trois à des peines de prison – les peines capitales ont depuis été commuées, en septembre 2020.
La Turquie n’est plus en position de tenir tête à Riyad, alors que la situation économique intérieure est de plus en plus précaire avec une inflation record _ elle frôle les 75 % sur un an, son plus haut niveau depuis 1998_, qui affaiblit le président lui-même à un an de l’élection présidentielle. Les derniers sondages placent Recep Tayyip Erdogan en troisième position dans les intentions de vote, derrière ses opposants : le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, et celui d’Ankara, Mansur Yavas.
Chahuté dans son pays, Erdogan cherche à reprendre la main en se montrant actif sur le plan de la politique étrangère, abritant les négociations entre Moscou et Kiev sur le conflit ukrainien notamment. Même si, pour l’heure, elles n’ont pas abouti. L’Arabie saoudite serait, de son côté, intéressée par les technologies militaires turques et notamment ses drones.
Quant à MBS, sa véritable réhabilitation aura lieu lors de la visite de Joe Biden à Riyad, les 15 et 16 juillet prochains. Joe Biden, qui rencontrera le roi Salmane et le prince héritier, a probablement oublié que pendant la campagne pour la présidentielle de 2020, il avait affirmé que l’assassinat et le démembrement en 2018 en Turquie du journaliste saoudien Jamal Khashoggi avaient fait de l’Arabie saoudite un pays « paria ».
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