Le président français Emmanuel Macron, à l'Elysée à Paris, le 3 octobre 2022
afp.com/Ludovic MARIN
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C’est un essai à rebours des discours déclinistes en vogue sur la démographie, les ressources et la fin de l’abondance. Dans Superabundance (Cato Institute), Marian Tupy, chercheur pour le think tank libertarien Cato Institute, et Gale Pooley, professeur associé à la Brigham Young University à Hawaii, défendent l’idée que nous vivrions dans une ère de la “superabondance”, avec une prospérité augmentant plus vite que la population mondiale. Les auteurs sont des disciples de l’économiste libéral Julian Simon qui, en 1990, avait gagné un célèbre pari sur l’évolution des prix de cinq matières, face à l’écologiste néo-malthusien Paul Ehrlich. Tupy et Pooley ont généralisé cette démarche et analysé l’évolution des prix d’une centaine de produits et services (bananes, café, cuivre, riz…) depuis deux siècles.  
Le duo s’est basé sur un indice, le “temps-prix”, à savoir le temps nécessaire à l’acquisition d’un bien. Par exemple, se procurer du riz pour s’alimenter une journée demandait en moyenne sept heures de travail à un Indien en 1960, contre moins d’une heure aujourd’hui.  
Si l’essai se montre moins convaincant sur le réchauffement climatique, qui est justement une crise de l’abondance, il a le grand mérite de montrer en quoi les discours alarmistes au sujet de la croissance démographique et de la raréfaction des ressources se sont pour l’instant toujours trompés, n’ayant pas pris en compte les capacités d’innovation des humains. Dans son premier entretien accordé à un média français, Marian Tupy s’explique sur sa démarche et fustige les discours néo-malthusiens en vogue. 
L’Express : Emmanuel Macron a récemment alerté les Français sur la “fin de l’abondance”. Or vous expliquez dans votre livre qu’au contraire nous vivons dans la “superabondance” et que cela n’est pas près de s’arrêter… 
Marian Tupy : Ce que voulait dire votre président par cette expression n’était pas clair, ni ce qu’il entendait par “abondance”. Il voulait certainement faire comprendre aux Français que les temps faciles étaient derrière eux. Or notre livre explique qu’il n’y a pas de limite physique à l’abondance. Il peut y avoir, en revanche, des limites politiques. Nous faisons déjà face à la crise climatique. Mais ce sont les choix politiques – la façon dont les gouvernements répondent à ce qu’ils perçoivent comme une crise existentielle – qui font qu’il est plus coûteux pour les Européens, par exemple, de se chauffer. Rien dans le monde physique ne nous empêche théoriquement de construire davantage, d’utiliser davantage de matières premières, de nous enrichir davantage.  
La “superabondance”, écrivez-vous, correspond à “une situation où l’abondance croît plus vite que la population”. Qu’est-ce que cela veut dire ? 
Quand la taille de la part de pizza augmente, quand votre frigo est plus rempli, quand votre niveau de vie augmente, tout cela est l’abondance. Notre livre explore la relation entre population et ressources. Pendant très longtemps, on a pensé que si la population augmentait, les ressources diminueraient. Nos recherches prouvent le contraire. Nous avons montré que le niveau de vie augmentait. 
Cette croissance peut se faire soit à un rythme plus lent que la population, soit plus rapide. Concrètement, nous avons étudié des centaines de biens de consommation courante – le pétrole, des métaux, des minéraux, des services – depuis 1850 à partir de plusieurs jeux de données issues de sources variées. Nous avons trouvé que depuis cette époque, l’abondance s’était accrue plus vite que la population : c’est la “superabondance”. Comment l’expliquer ? Plus vous avez de gens, plus vous pouvez générer d’idées et de connaissances qui mènent à des inventions qui sont ensuite perfectionnées via le marché et deviennent des innovations qui accroissent la productivité et le niveau de vie. Les recherches prouvent que seule une petite tranche de la population est source d’innovation au cours de sa vie : environ 5%. 5% d’une population de 1 milliard de personnes – la taille de la population en 1800 – représentera donc moins de gens que 5% de 8 milliards. Entre 1800 et aujourd’hui, nous avons ainsi accru le nombre de personnes susceptibles d’innover par 8.  
Notre livre est profondément humaniste et nataliste, car notre conclusion est la suivante : si vous mettez des enfants au monde, vous n’êtes pas à la source de problèmes, vous les résolvez. Car chaque enfant a le potentiel d’accroître le stock de connaissances humaines et de créer des solutions qui feront disparaître les problèmes actuels et futurs. Ce qui nous inquiète c’est que si le sentiment d’apocalypse environnemental s’enracine dans la société et que les gens font moins d’enfants par peur de la fin du monde, nous allons vivre un effondrement de population qui va entraîner une baisse de la croissance – il y aura moins d’inventions et in fine moins de moyens de lutter contre le changement climatique. 
Votre livre est fondé sur le concept de “temps-prix”. Qu’est-ce, et pourquoi choisir cette mesure plutôt qu’un indice de prix ?  
La méthode existe depuis Adam Smith qui estimait que tout ce que vous pouvez acheter est le fait de votre travail, qui est un synonyme du temps passé à travailler. Plus vous passez de temps à travailler pour acheter quelque chose, moins vous avez de temps pour le loisir. Habituellement, quand on s’intéresse au prix des biens de consommation courante, on regarde le prix nominal ou prix réel. C’est le prix qui est affiché dans la boutique du coin. Mais pour savoir si les biens renchérissent ou non dans une certaine période, il faut ajuster le prix en fonction de l’inflation.  
Marian Tupy est chercheur au Cato Institute et le rédacteur en chef d’Human?Progress?.org.
Cato Institute
Le problème du prix nominal est de ne pas rendre compte de ce qui se passe dans votre porte-monnaie. C’est pourquoi il faut aussi s’intéresser aux salaires. Si les salaires augmentent plus vite que l’inflation, votre temps-prix diminue. Imaginez que vous gagnez 10 euros par heure et qu’une glace coûte 1 euro. Pour une heure de travail, vous pouvez acheter 10 glaces. Supposons que dans 20 ans, le prix de la glace soit de 2 euros et votre salaire à 30 euros de l’heure : vous pourrez acheter 15 glaces. C’est la seule mesure qui prenne en compte les prix et le salaire.  
Vous mesurez l’évolution de plusieurs produits de base dans le temps. Qu’avez-vous découvert ?  
Cinquante produits (comme les bananes, le café, le cuivre, l’or ou le riz) sont suivis par la Banque mondiale. Nous en avons transcrit les prix en temps-prix et trouvé que celui-ci a chuté de 71,6 % entre 1980 et 2018. C’est une statistique mondiale : cela veut dire que l’abondance de l’être humain moyen a augmenté de 252% dans la période. Cela veut dire que pour la même durée de travail nécessaire pour acheter une unité de ce panier, ils peuvent en obtenir 3,5 unités. Concrètement, après ces 38 ans, au lieu d’une livre de sucre, ils en obtiennent 7 ; au lieu d’une livre de café, 2,7 ; au lieu d’une livre de porc, 6,5. 
Pendant des milliers d’années, le niveau de vie des gens ordinaires n’a pas changé. Mais depuis la mondialisation de 1980 – avant les effets du Covid-19, que nous n’avons pas pu prendre en compte -, le niveau de vie tel que nous le mesurons grâce au temps-prix a été multiplié par 3,5. En Chine, il a été multiplié par 40 ! Leur abondance a augmenté de 3900% ! Elle a crû de 10% par an, donc doublé tous les 7 ans ! C’est un progrès extraordinaire.  
Dans nos pays, les individus sont persuadés que leur pouvoir d’achat baisse – mais vous montrez le contraire. Pourquoi ce découplage ?  
Cela s’explique en partie par le fait que le progrès est hétérogène. Des pays différents ont des performances différentes. En Chine, la croissance de l’abondance est de 10% par an. Depuis la libéralisation du pays en 1978, les Chinois se sont montrés très satisfaits de leur situation, et ils se rendent tout à fait compte de l’amélioration de leur niveau de vie. Il est plus difficile de la ressentir si elle est plus faible, comme en France (2,6%) ou au Mexique (1%). De plus, le niveau de vie peut être détérioré par la régulation étatique. Si par exemple le prix de vos oranges baisse mais que celui de votre essence augmente à cause des taxes, vous aurez du mal à percevoir le progrès.  
Le “pic pétrolier” n’a pas eu lieu. Au contraire, nous semblons souffrir plutôt d’une abondance de pétrole que d’une pénurie. C’est une bonne nouvelle sur le plan économique, pas sur le plan environnemental, et c’est pour cela que l’on taxe le carbone… 
Je ne suis pas climatosceptique. Mais il existe des moyens simples pour diminuer les émissions de CO2. Rien qu’en passant au gaz de schiste, qui rejette moins de dioxyde de carbone que la combustion de pétrole ou de charbon, les Etats-Unis ont réussi à réduire leurs émissions. L’Europe le refuse car elle ne veut pas fracturer ses sols. Mais on peut aussi développer l’énergie nucléaire, totalement décarbonée elle. En Europe, les Allemands refusent de construire des centrales nucléaires, et même la France a cessé de le faire. Pourtant, le nucléaire est nécessaire à la transition énergétique. L’ignorer est une erreur. 
Les énergies fossiles constituent un vrai problème, mais il nous faut être réalistes sur notre rapidité à nous en défaire. Elles restent le meilleur moyen de faire fonctionner notre civilisation et de sauver des vies dans les pays en développement. Les pays d’Afrique ne peuvent pas construire des centrales nucléaires ; ils ont un peu de gaz et beaucoup de charbon. Les Européens ont sous-estimé la difficulté qu’il y aurait à abandonner ces énergies et le temps que cela prendrait. Y compris Elon Musk, pourtant leader de la transition énergétique, qui a récemment déclaré que cela prendrait bien plus longtemps que ce que nous pensions.  
Ensuite, c’est une question d’arbitrage. A quel point les Français, par exemple, sont-ils prêts à souffrir pour réduire les émissions de CO2 ? A mon avis pas beaucoup – comme les Américains. Il faut de ce fait considérer les conséquences politiques : si le monde occidental implose à cause du populisme alimenté par la hausse du coût de la vie, le prix à payer de la transition écologique est-il acceptable, ou faut-il attendre un peu plus longtemps avant de la réaliser entièrement ? 
N’êtes-vous pas bien trop optimiste à propos du changement climatique ? Cet été a rappelé que nous en sentons déjà cruellement les effets… 
Une des raisons pour lesquelles la France a autant ressenti la chaleur cet été est que peu de Français ont la climatisation. Aux Etats-Unis, qui peuvent être très chauds, tous les ménages en ont une. L’électricité qui alimente la climatisation n’a pas à être issue du charbon ou du gaz, elle peut l’être d’une énergie décarbonée comme le nucléaire, dont vous disposez en France. 
Je ne nie bien sûr pas la hausse mondiale des températures, ni que le nombre de jours chauds augmente chaque année. Mais je nie que les changements climatiques soient aujourd’hui apocalyptiques – ce que confirme la littérature scientifique. 
Aujourd’hui, on tend à considérer la croissance de la population d’un point de vue négatif. Selon vous, elle a été un facteur majeur de progrès… 
Il existe deux types de croissance, la smithienne, d’après Adam Smith, et la schumpeterienne, d’après Joseph Schumpeter. La première consiste dans la division du travail et le commerce mondial. Plus les gens sont nombreux, plus la spécialisation est importante. C’est important, mais moins que la croissance schumpétérienne, basée sur la création destructrice émergeant d’idées. Celle-ci représente un moyen bien plus puissant de générer de la croissance que la division du travail. Par exemple, dans une perspective smithienne, si plus de personnes cultivent des champs et que le travail est bien divisé entre eux, vous accroîtrez votre rendement. Mais dans une perspective schumpétérienne, vous obtiendrez les mêmes résultats ou même de meilleurs en développant une machine qui fait tout ce que les paysans faisaient avant. Cette automatisation permet des économies en argent comme en efforts humains.  
Un jour sans doute, toutes les récoltes seront entièrement effectuées par des robots, ce qui nous laissera bien plus de temps pour faire d’autres choses, comme de peindre, de voyager ou faire des interviews (rires). La croissance schumpeterienne est ainsi basée sur l’innovation, et l’innovation dépend des idées qui ne peuvent émerger que d’esprits humains. Plus nous avons de cerveaux disponibles, plus aussi il y aura de nouvelles idées. 
Figure de proue des écologistes néo-malthusiens, Paul Ehrlich avait annoncé dans “La Bombe P” (1968) que des famines gigantesques causeraient des “centaines de millions de morts” dans les années 1970 et 1980 du fait de la croissance démographique. C’est le contraire qui est arrivé, avec une spectaculaire réduction de la sous-alimentation et des famines. Mais Ehrlich reste en vogue chez certains écologistes, qui affirment qu’il avait simplement eu raison trop tôt…  
Premièrement, tout être humain doit être évalué sur ses prédictions passées. Vous ne pouvez pas faire comme les prophètes médiévaux qui annonçaient une fin des temps imminente, puis expliquaient qu’ils s’étaient simplement trompés de jour. Là, Ehrlich a eu tort depuis cinquante ans, ce qui représente quand même un laps de temps conséquent.  
Ensuite, les écologistes et les universitaires intelligents ont arrêté de parler de néo-malthusianisme. Mais les idées d’Ehrlich restent toujours très présentes dans l’esprits des gens ordinaires, car elles semblent intuitives. Nous avons un nombre limité d’atomes dans le monde, mais nous avons de plus en plus de personnes sur la planète : en conséquence, nous devrions manquer de choses. Mais c’est une mauvaise manière d’appréhender le monde, car la façon de pouvoir combiner ces atomes est presque infinie, cela dépend simplement du savoir humain ! Comme le rappelle l’économiste Thomas Sowell, les hommes des cavernes avaient les mêmes ressources naturelles à leur disposition que nous aujourd’hui, mais la différence conséquente entre leur niveau de vie et le nôtre relève du savoir. Oui, il est vrai que nous utilisons par exemple beaucoup de cuivre pour les câbles. Mais il arrivera un moment où l’information pourra se passer de ces câbles en cuivre, et les atomes du cuivre serviront à autre chose. Par ailleurs, les humains seront sans doute capables un jour de faire du “space mining”, ou exploitation minière de l’espace. 
Pourtant, des personnes décident toujours du nombre d’enfants qu’ils doivent avoir en fonction de ces idées néo-malthusiennes. Des tueurs de masse écofascistes ont aussi revendiqué cette idéologie, tel Anders Behring Breivik qui dans son manifeste appelait à limiter la population mondiale à 2,5 milliards de personnes pour éviter la destruction environnementale. Ou Patrick Crusius, le tueur d’El Paso, qui a appelé à “se débarrasser de suffisamment de personnes” pour que notre mode de vie soit plus soutenable. Ou Brenton Tarrant, l’auteur des attentats de Christchurch, qui dans son manifeste fustigeaient les populations non-blanches, écrivant : “Les envahisseurs sont ceux qui sur-peuplent le monde. Tuez les envahisseurs, tuez la surpopulation, et en faisant cela sauvez l’environnement”.  
Selon les projections démographiques, la population mondiale devrait culminer aux alentours de 2080, avant de connaître un déclin irrémédiable du fait de la chute des taux de fécondité. Quelles seront les conséquences pour la croissance ?  
On devrait sans doute culminer entre 9 et 10 milliards d’humains, avant le déclin. Aujourd’hui, la population continue de croître du fait de taux de fécondité encore élevés entre Afrique subsaharienne. Mais dans les économies développées, la population décline déjà. En Corée du Sud, les femmes ont en moyenne 0,9 enfant, alors que l’on sait que le seuil de renouvellement des générations se situe à 2,1. 
On peut limiter ce déclin démographique en ouvrant les frontières. Les États-Unis devraient ainsi continuer à croître grâce à l’immigration. Mais un pays comme la France va se retrouver devant un sérieux problème. Qui, dans le futur, va payer pour les promesses politiques faites par exemple en matière de pensions retraite ? Qui prendra en charge l’importante dette publique ? Et comme je vous le disais, moins de personnes, c’est aussi moins d’idées. On peut se dire que l’intelligence artificielle pourrait nous aider à l’avenir, en augmentant le pouvoir du cerveau humain. Mais si cela n’a pas lieu, la croissance et le progrès ne pourront que reculer avec ce déclin démographique. 
Les appels à ne plus faire d’enfants n’ont donc guère de sens vu ces évolutions démographiques… 
Ces dernières années, on a pu lire dans la presse de nombreux articles suggérant qu’une extinction humaine ne serait pas forcément une tragédie, mais plutôt une bonne chose pour la planète. C’est stupide ! S’il n’y a plus d’humains, il n’y aura plus personne pour contempler la beauté de ce monde, celle de Notre-Dame de Paris comme celle de la Côte d’Azur. Le monde se poursuivrait avec ses animaux, ses végétaux et ses explosions volcaniques, jusqu’à ce qu’un jour il soit brûlé par le soleil. Mais la seule raison pour laquelle nous valorisons la nature, c’est parce que nous sommes là pour la percevoir. Les animaux se fichent de l’environnement, ils se soucient simplement de manger, de s’accoupler et de ne pas être mangé par une autre espèce.  
Comment voyez-vous l’évolution du temps de travail ?  
C’est difficile à dire. Keynes, écrivant au début du XXe siècle, pensait qu’à notre époque, nous ne travaillerions plus que 2 ou 3 heures par jour, et que le reste serait dédié aux loisirs. Mais le travail n’est pas qu’un phénomène monétaire. Nous travaillons aussi parce que nous y trouvons des accomplissements, un sens à l’existence. Et cela donne une structure à la vie des gens, surtout dans un monde dans lequel les religions traditionnelles sont en déclin. Même si on peut dire que l’écologisme est en train de devenir à son tour la religion de notre époque, avec ses diables (les entreprises d’énergies fossiles), ses saints (Greta Thunberg) et ses indulgences, qui permettent à des personnalités comme Leonardo DiCaprio de faire le tour du monde en avion tout en donnant de l’argent pour des causes environnementales (rires).  
Aujourd’hui, la décroissance est en vogue. Qu’en pensez-vous ?  
Ce sont souvent des universitaires très bien payés qui défendent ces idées décroissantes. Eux pensent qu’ils peuvent se contenter de leur niveau de vie personnel. Mais il reste près d’un milliard de personnes sur cette Terre qui vivent dans l’extrême-pauvreté. Ces personnes ne veulent pas de la décroissance, mais d’une croissance économique rapide. Et si on se soucie d’écologie, on devrait réaliser que les pays riches prennent un meilleur soin de leur environnement. Regardez n’importe quel classement international en matière de bilan environnemental, ce sont à chaque fois des pays riches, comme les nations scandinaves, qui sont en tête. Parce que ces pays ont les moyens de nettoyer leurs rivières ou d’améliorer l’atmosphère des villes. Les pays pauvres ne se soucient pas d’environnement, ils ont d’autres préoccupations plus prioritaires, comme la nourriture, l’eau ou le logement. Et on peut le comprendre. C’est pour ça que 90% des plastiques qui flottent sur les océans proviennent de pays en voie de développement.  
N’oublions pas non plus que même dans les pays occidentaux, il y a toujours des personnes qui luttent pour leur condition d’existence. Eux aussi veulent profiter des opportunités que permet plus d’argent, comme voyager ou avoir un logement confortable. Nos besoins sont illimités. Si l’on considère nos désirs humains, tout sera toujours trop rare. A un moment donné, un voyage sur la Lune sera vu comme quelque chose de banal, et tout le monde voudra le faire. Je pense ainsi que rendre la vie des humains plus facile à travers la richesse et la croissance est une bonne chose, et non pas un fléau. 
Vous rappelez dans le livre les prophéties catastrophistes qui n’ont pas eu lieu, tel le lauréat du Nobel George Wald qui en 1970 annonçait la fin de la civilisation d’ici une trentaine d’années. Mais ce n’est en rien une garantie que cela n’arrivera pas dans les années à venir… 
Vous avez raison. Rien n’est écrit. Aujourd’hui, nous avons un fou à la tête de la Russie qui menace d’utiliser l’arme nucléaire. Une nouvelle épidémie pourrait éclater, bien plus mortelle que le Covid-19. Un astéroïde pourrait détruire notre planète. C’est d’ailleurs l’une de raisons pour lesquelles nous devons avoir plus de croissance et d’énergie. Peut-être que demain, une météorite menacera la Terre et il faudra que nous ayons la technologie pour la protéger. Nous avons aussi besoin d’avoir des économies plus fortes pour avoir plus de personnes qui se consacrent aux études scientifiques, de telle façon que nous puissions mieux nous protéger contre les pathogènes du futur.  
Les personnes qui défendent la décroissance estiment que si nous nous arrêtons aujourd’hui, nous vivrons de manière confortable. Ce n’est même pas vrai en France, comme l’ont prouvé les émeutes des gilets jaunes qui n’avaient pas le sentiment d’avoir assez. Pourtant, tous ces intellectuels qui vivent confortablement se disent “pour nous, ça suffit”. Mais qui peut affirmer cela ? Qu’arriverait-il si nous devons subir un nouveau confinement à cause d’un virus émergent ? Seules les économies plus fortes et les sociétés les plus riches peuvent surmonter ce genre de crises sans en subir les conséquences sociales. Nous ne savons pas quelles seront les menaces dans le futur contre notre espèce. Nous devons en tout cas être prêts. Plus nous avons de connaissances et de technologies, plus nous serons aptes à surmonter des crises comme le réchauffement climatique.  
Quid des risques géopolitiques ? La guerre en Ukraine ou les tensions grandissantes entre les États-Unis et la Chine alimentent l’inflation… 
Si les biens augmentent, ce ne sera que de manière temporaire. En 2011, on avait par exemple déjà eu une crise des terres rares, du fait d’un conflit naval entre la Chine et le Japon. Mais les prix avaient rapidement baissé. Les raisons sont simples. Si le cours d’une matière première augmente, cela incite à augmenter les rendements ou à remplacer cette matière première par d’autres produits. Prenez les batteries électriques pour les voitures. Aujourd’hui, nous utilisons du lithium. On s’inquiète donc des risques géopolitiques qui pourraient nous couper des pays exportateurs de lithium, telle la Chine. Mais qui nous dit que dans dix ans, nous aurons encore besoin du lithium pour les batteurs ? Peut-être que les batteries sodium-ion offriront bientôt une meilleure alternative, et le sodium, ce n’est que du sel.  
Il y aura des pénuries dans le futur. Mais l’innovation et l’ingéniosité humaine arrivent toujours à s’adapter. L’idée de Macron selon laquelle l’abondance serait finie n’a ainsi pas de fondement. Cette fin de l’abondance pourrait arriver du fait de décisions politiques, mais non pas du fait des limitations de l’ingéniosité humaine à trouver des solutions. Comme le disait l’économiste Julian Simon, nous sommes la ressource ultime. L’espèce humaine est bien différente des autres animaux. Elle est capable de se sortir de problèmes en innovant, tant qu’elle a la liberté pour cela. La meilleure chose que pourrait faire Emmanuel Macron serait ainsi de stimuler l’innovation en France, comme votre pays a pu le faire faire par le passé, en inventant par exemple la montgolfière ou en découvrant le virus du Sida… 
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