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Vladimir Poutine a pris les pays occidentaux de court hier déclarant, dans une intervention télévisée, que son pays ne livrerait plus de gaz aux pays « inamicaux » qui refuseraient de payer en roubles à partir de ce vendredi 1er avril. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a été rassurante à ce sujet.
« Les informations que nous avons reçues de Moscou ces derniers jours et ces dernières heures tendent à nous laisser penser que les entreprises pourront continuer à payer en euros auprès des banques qui, elles-mêmes, devront convertir leurs euros en roubles, et notamment Gazprom Bank », a-t-elle dit, répondant à la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale.
La ministre balaye ainsi l’idée d’une suspension des contrats, menace formulée par le président russe dans son interlocution. Il a en effet annoncé que le décret signé sur ce sujet prévoit la suspension des contrats en cours pour les acheteurs qui n’obtempèrent pas et continuent de ne pas payer en roubles. « Si de tels paiements ne sont pas effectués, nous considérerons cela comme un défaut de la part des acheteurs, avec toutes les conséquences qui en découlent », a averti Vladimir Poutine.
Ce qui n’inquiète pas Barbara Pompili, qui a ainsi indiqué : « À partir du moment où les entreprises paient en euros, les contrats sont respectés et donc ça ne change pas grand-chose pour nos entreprises. Donc, à ce stade, nous n’avons pas de risque de rupture de ces contrats si cette solution est la solution mise en œuvre. Et donc a priori pas de rupture qui pourrait être engagée des importations russes de gaz. »
Les Européens refusent tout paiement en roubles exigé par Moscou. Hier, à peine la conférence de Vladimir Poutine achevée, l’Allemagne et la France, par la voix de leurs deux ministres de l’Économie qui se rencontraient jeudi 31 mars à Berlin, ont aussitôt rejeté les demandes de la Russie. Pour eux, cette injonction de payer immédiatement en rouble est une rupture de contrat inacceptable, et la méthode équivaut à du « chantage ».
Le ministre allemand de l’Économie Robert Habeck a déclaré qu’il n’avait pas encore vu de ses yeux ce nouveau décret signé par le président Valdimir Poutine, ajoutant que l’Allemagne était préparée à tous les scénarios, y compris un arrêt des flux de gaz russe vers l’Europe. Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a quant à lui invité la Russie à honorer « totalement et intégralement » les contrats qu’elle a signés.
« Les contrats prévoient une monnaie dans laquelle ces contrats sont exécutés, les contrats doivent être exécutés dans la monnaie dans laquelle ils sont prévus. Les contrats sont les contrats. Le G7 a été très clair », a insisté Bruno Le Maire.
Des propos confirmés par la ministre de la Transition écologique ce vendredi 1er avril. « De notre point de vue, imposer un paiement en roubles constituerait une rupture de la plupart des contrats : les contrats passés par les entreprises françaises notamment avec Gazprom sont libellés en euros et donc les entreprises sont légitimes à refuser un changement de devises », a précisé Barbara Pompili.
Et d’ajouter :
« La banque centrale russe peut fixer le taux de change qu’elle souhaiterait, ce qui reviendrait à fixer de façon unilatérale les prix du gaz, et consisterait en un détournement des sanctions, ce qui évidemment n’est pas acceptable. »
L’objectif du Kremlin avec cette mesure est de soutenir la monnaie nationale sur les marchés, chahutée par les sanctions décrétées par les pays occidentaux en raison de l’invasion de l’Ukraine puisqu’une partie des réserves de la banque centrale russe est bloquée. Mais elle privera le pays d’une source de devises étrangères.
D’ores et déjà, la Russie oblige ses exportateurs, y compris Gazprom, à convertir 80% de leur chiffre d’affaires en roubles. Ces mesures et un taux d’intérêt directeur à 20% ont permis à la monnaie russe de se reprendre. Après avoir considérablement dévissé dans la foulée du début de l’offensive russe le 24 février, elle revient à des niveaux proches de ceux enregistrés avant l’assaut.
« Finalement, ce paiement en roubles, je crois que c’est une mesure de soutien au rouble avant tout, mais ce n’est pas vraiment une mesure de rétorsion vis-à-vis des entreprises européennes », considère Barbara Pompili, indiquant que « cela ne nous empêche pas de travailler pour être de moins en moins dépendant des importations de gaz russe ».
(Avec AFP)
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