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Le sud-est de la Turquie est le théâtre d’intenses combats entre les forces de sécurité et les rebelles du PKK, qui n’épargnent pas les civils. Reportage.
Temps de lecture : 4 min
Rue après rue, le même décor revient inlassablement. À chaque intersection, un épais mur de pavés gris se dresse en travers du chemin. De part et d’autre, de longues bâches de plastique bleu sont hissées en l’air pour bloquer la vue. Certaines voies d’accès sont, elles, totalement bloquées par un poids lourd, garé sauvagement au beau milieu de la route. À l’intérieur de ce camp retranché, les habitants s’affairent avant la nuit. On fait le plein de nourriture, on prend quelques nouvelles des voisins, on emmène à la hâte, dans une brouette, un enfant malade voir un médecin.

La ville de Nusaybin, à cheval sur la frontière turco-syrienne, en est à son cinquième couvre-feu depuis le début de l’été et la reprise des combats entre les forces de sécurité turques et les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK. Près de quarante jours de “siège” imposés par le gouverneur local (aux ordres de l’exécutif turc, qui interdit le PKK) pour “pacifier” le territoire. Le quartier de Firat et ses quelques milliers d’âmes sont en première ligne de cette vaste opération militaire, lancée par Ankara pour nettoyer le sud-est – à majorité kurde – des forces du PKK, “quartier par quartier, maison par maison, rue par rue”, comme ne cesse de le rappeler le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu.
Malgré le climat de violence et les privations des dernières semaines, le PKK a toujours bonne presse dans le quartier. “Il y a des raisons historiques à cela”, expliquent des riverains. En effet, bon nombre des habitants de Firat ont été chassés de leurs villages par l’armée turque, dans les années 90, au plus fort de la guerre entre Ankara et l’organisation kurde, qui a fait 40 000 victimes depuis 1984. Une rancœur tenace contre le Devlet (l’État turc) qui se mêle à un sentiment de fierté, puisqu’à quelques kilomètres de là, par-delà la frontière, le PYD, cousin syrien du PKK, et ses combattants, les YPG – dont le drapeau flotte parfois au-dessus des rues de Firat –, contrôlent désormais une large bande de territoire au nord de la Syrie et tiennent tête aux djihadistes de l’État islamique.

Ainsi, de nombreux jeunes Kurdes du quartier mais aussi des autres villes de Turquie continuent de prendre le chemin des “montagnes” pour venir gonfler les rangs du PKK. Après quelques mois d’entraînement, on les retrouve ici, dans les ruelles de Firat, bien décidés à en découdre. Ils viennent prêter main-forte aux YDG-H, ces jeunes issus des quartiers qui constituent la branche urbaine du PKK et qui tiennent tête aux forces de sécurité turques. C’est à eux que l’on doit le complexe système de barricades, censé prévenir l’entrée des soldats. “Sans ces barricades, l’armée et les policiers viendraient tuer les habitants, les hommes, les femmes, les enfants. Ces barricades sont le symbole de notre lutte et de notre liberté”, récite l’un d’entre eux.
Partout à travers le sud-est de la Turquie, ce climat de quasi-guerre civile s’étend. Plus d’une cinquantaine de couvre-feux ont déjà été imposés par les gouverneurs dans ces régions kurdes, depuis la mi-août, impactant la vie de plus de 1,3 million d’habitants, rappelait en début de mois la Fondation pour les droits de l’homme de Turquie (TIHV). Et l’organisation de s’alarmer notamment des conditions de vie des civils pris au piège des combats (70 auraient perdu la vie en cinq mois). Des civils forcés de rester confinés dans leurs maisons où les coupures d’eau, d’électricité et de réseau mobile sont monnaie courante. Impossible de vivre normalement dans cet état de siège où les hôpitaux, les administrations locales ou encore les écoles sont à l’arrêt.
À la mi-décembre, à l’annonce de l’imminence d’un nouveau couvre-feu, la quasi-totalité des quelque 3 000 enseignants de la région de Cizre et Silopi (deux villes près de la frontière irakienne) ont quitté dans la précipitation leurs villes. Les habitants, pour leur part, n’ont eu d’autre choix que de se ruer dans les magasins pour faire des provisions. Et pour cause, depuis près d’une semaine maintenant, ces deux villes vivent presque coupées du monde. Pour venir à bout des combattants kurdes, Ankara n’a pas hésité à déployer 10 000 soldats et policiers. À l’intérieur des deux cités, les témoins rapportent des faits dignes de scènes de guerre. Des centaines de maisons ont déjà été détruites. Selon un bilan de l’armée, plus d’une centaine de combattants kurdes auraient été tués et deux soldats turcs sont morts.
Beaucoup s’inquiètent surtout du sort des civils, qui paient une nouvelle fois un lourd tribut dans ces combats. Le coleader du parti pro-kurde HDP (troisième force du pays), Selahattin Demirtas, véritable bête noire du président Erdogan, a d’ailleurs dénoncé, à la télévision, la disproportion de ces opérations militaires menées par Ankara : “Des tanks sont entrés dans les villes et l’armée est déployée. Qu’est-ce que c’est que ce genre d’opération antiterroriste ? En réalité, c’est une guerre qui a lieu ici.” Et de prévenir : “Il ne peut pas y avoir de victoire militaire dans cette guerre parce que le gouvernement ne vise pas le PKK ou ses combattants, il s’attaque à toute la communauté kurde.”
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Il es inadmissible que l’Europe ait accepté de rouvrir les négociations d’entrée dans notre zone de la Turquie, un pays qui fait pire (au moins dans la durée) que l’Irak
” En réalité, c’est une guerre qui a lieu ici. ” Et de prévenir : “Il ne peut pas y avoir de victoire militaire dans cette guerre parce que le gouvernement ne vise pas le PKK ou ses combattants, il s’attaque à toute la communauté kurde. “
C’est un scandale historique, de même que la non-reconnaissance de l’extermination des Arméniens… La Turquie n’a RIEN à faire dans l’Europe !
Il y a massacreur et massacreur, les bons et les mauvais, erdogan fait partie des bons. Il n’y a donc rien a dire. C’est un peu plus difficile pour le PKK qui se bat héroiquement contre daech, contrairement a la turquie, mais n’obtiendra pas le soutien de Fabius et de la france qui préfère al nosra (branche d’al qaeda) et erdogan.
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