Consulter
le journal
La consommation d’électricité continue de baisser en France, et avec elle les risques de coupure en début d’année
Tencent, le discret numéro un chinois du numérique, obligé de se réinventer
« Touche pas à mes tresses ! »
« Les auditeurs RSE souhaitent passer du pur contrôle à une action de conseil »
Le profil raciste de William M., mis en examen dans la tuerie du Centre culturel kurde Ahmet-Kaya à Paris
Les images après les coups de feu près d’un centre culturel kurde à Paris
Les images de la tempête Elliott aux Etats-Unis, qui a fait au moins trente-deux morts
Pourquoi le champagne est-il cher ?
Le déclin de l’OMC, une menace pour la stabilité mondiale
« Elon Musk se pose en super-héros, alors qu’il n’est en définitive qu’un pompier pyromane »
« Le volontarisme que déploie Emmanuel Macron n’a pas faibli mais un ressort s’est cassé, un fossé s’est creusé »
Alexis Lévrier sur Elon Musk : « Une liberté d’expression absolue profite toujours à l’extrême droite »
Dans « Joyland », Saim Sadiq envoie valser le système patriarcal pakistanais
« Tout Rabelais », « Cœur de pierre », « Fantaisies guérillères », « Seuil de tolérance »… Nos choix de lectures
« Studio 54 », sur OCS City : dans les nuits de tous les vices et les délices du mythique club new-yorkais
Au cinéma Pathé Parnasse, à Paris, des sièges plus larges et des prix plus élevés
A Pantin, un ancien collège transformé en cour de création
Le naturel sans fard, de Pauline Grasset et Alice Roche, créatrices de la marque de maquillage Pace
Objet écolo : le photophore en écorce de citron
Comment je me suis disputé : « On parle de Didier Raoult au dîner de Noël, et je gifle ma sœur »
Services Le Monde
Services partenaires
Service Codes Promo
Suppléments partenaires
Chaque jour, redécouvrir une oeuvre inspirée par des bouleversements économiques.
Temps de Lecture 5 min.
Chaque jour, redécouvrir une oeuvre inspirée par des bouleversements économiques.
En ce temps-là, on pouvait être à la fois économiste et aventurier. John Law de Lauriston (1671-1726), en est l'exemple ultime. Avec lui, rien n'est clair. Pas même la prononciation de son nom : les Anglais prononçaient “La”, les Français “Lasse”. On trouve même trace d'une autre phonétique, “Laou”. L'intéressé n'arrangeait pas les choses, signant souvent du nom de “Laws”…
Fils d'un orfèvre anobli d'Edimbourg, orphelin de père à 13 ans, John Law est forcé à l'exil en 1695, après avoir été condamné à mort pour avoir tué en duel un jeune homme. Il commence une vie d'errance en compagnie de Catherine Knollys, une femme mariée, et se constitue un pécule… sur les tables de jeu. L'homme qui régna un temps sur les finances du royaume le plus peuplé d'Europe était donc un ancien joueur professionnel. L'”économie de casino” ne date pas d'hier…
Revenu un temps en Ecosse où il pensait pouvoir obtenir le pardon royal de son homicide, Law publie en 1705 ses Considérations sur le commerce et le numéraire, où il expose pour la première fois ce qui sera son idée maîtresse : il faut créer une monnaie de papier indépendante des arrivages de métaux précieux, seule à même de répondre aux exigences nouvelles de l'économie. L'idée est audacieuse mais pas totalement nouvelle : une semblable théorie avait déjà été formulée, notamment en France par Bois-Guilbert. Mais John Law entend mettre cette monnaie d'un genre nouveau sous le contrôle d'une banque centrale, de dépôt, d'émission, mais aussi de crédit. C'est ce qu'on appelait le “système”.
N'ayant pas obtenu de grâce, Law doit fuir à nouveau. Après de nouvelles pérégrinations en Europe, il s'installe à Paris, où son habileté politique et la situation calamiteuse des finances de l'Etat lui donneront l'occasion d'appliquer ses idées.
Car à la mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715, la France est exsangue. Louis XV, a tout juste 5 ans. Le Régent, Philippe d'Orléans, se laisse finalement séduire par les vues de Law : le “système” offrait au Royaume la perspective d'un désendettement rapide, quasi miraculeux.
En 1716, Law crée une Banque générale, qui devient en 1718 “banque royale”, émettant un papier-monnaie qui possédait en principe la même valeur que les monnaies métalliques. Dans le même temps, il obtient du Régent le monopole sur l'exploitation coloniale des terres de Louisiane : la Compagnie d'Occident est fondée, en 1717, et la banque de Law en prend aussitôt le contrôle. Des actions sont créées : c'est la première fois en France qu'une compagnie fait ainsi appel au crédit des particuliers. Le cours des actions s'envole vite, passant de 500 livres à leur émission à 10 000 deux ans plus tard. La rue Quincampoix, au coeur de Paris, siège de l'entreprise, ne désemplit pas. Des fortunes fabuleuses se font, on conte des histoires de spéculateurs quittant leur garni pour habiter de somptueux hôtels particuliers, roulant carrosse et pissant dans des pots de chambre en or massif…
Law devient contrôleur général des finances, en janvier 1720. Il semble plus puissant que jamais. Mais le mouvement commence à se retourner. Les plus avertis s'empressent de retirer leurs fonds. Les autres arriveront trop tard. Malgré les rachats massifs d'actions par la banque royale, les cours s'effondrent.
Les billets s'échangent au dixième de leur valeur originelle. Rue Vivienne, au siège de la Banque, le 17 juillet 1720, 16 personnes meurent écrasées. Le 10 octobre, la banque est supprimée, et les billets sont officiellement démonétisés. Law fuit la France, de peur d'un procès. Le joueur a perdu : il finira sa vie à Venise, en 1729.
Au final, l'épisode spéculatif n'aura pas eu que des effets négatifs : si nombre de rentiers finirent ruinés, l'Etat vit sa dette diminuée par l'effet mécanique de l'inflation. Le peuple de Paris n'eut pas à connaître de pénurie, et la banqueroute de Law ne provoqua pas de désordre dans la capitale. En revanche, dans les théâtres des foires parisiennes, plus libres que les grands théâtres privilégiés de la capitale, on s'en donne à coeur joie pour dénoncer les méfaits de l'argent, et la faiblesse des hommes face à lui.
Les spéculateurs du “système” étaient éreintés dans Cartouche et les voleurs, une pièce de M. A. Legrand qui connut un certain succès à Paris en 1721, dans laquelle ils étaient comparés aux complices du bandit Cartouche. Ils furent également les héros involontaires de plusieurs pièces représentées sur les théâtres des foires. Ainsi des Aventures de la rue Quincampoix (1720), ou du Mississippi du diable (1723), qui évoquent la banqueroute de Law et ses conséquences, sans vraiment en expliquer les mécanismes.
Le Diable d'argent (1720), “représenté par la troupe du sieur Francisque à la foire Saint-Germain”, au moment même de l'effondrement du système, est représentatif de ce phénomène. Dans le Temple d'argent, le Diable reçoit une troupe de suppliants, assisté de sa “favorite”, la Folie : “Avant vous je me servais de la Raison pour faire mes grâces, mais c'était une ridicule”, persifle le démon. Défilent donc un banquier menacé de banqueroute, M. Haut-de-Pie, qui doit se repentir d'avoir éconduit une maîtresse qui le ruinait. Le Diable l'envoie rue Quincampoix, pour retrouver sa fortune. “Mais gare d'en faire un usage sensé”, avertit-il. Suivent Mme Grapillon, femme de procureur désespérée de la sévérité de son mari, un chevalier désoeuvré passant ses soirées à jouer au pharaon, Mlle Frétillon, honnête couturière à qui la Folie conseille de changer de métier pour gagner la richesse, et M. Timbré, le poète : “Composez une ode à la louange de quelque commis de banque, il fera votre finance”, lui lance la Folie. Arrive enfin le philosophe, M. Sagouinus, qui “parle latin comme un Aristote” (sic), mais n'arrive pas à payer ses dettes à Pierrot, l'aubergiste. Tout ce beau monde, naturellement, promet obéissance au démon avant de quitter la scène…
Cette parade maladroite n'a qu'un seul but : se moquer des affairistes et de ceux qui idolâtrent l'argent. Car si l'affaire de Law n'a pas provoqué d'effondrement économique, elle a eu l'effet incontestable de renforcer le préjugé contre les métiers d'argent, et la méfiance envers le papier-monnaie, dont la France mettra plus d'un siècle à se remettre totalement.
LE DIABLE D'ARGENT in “Le Théâtre de la foire, ou l'Opéra-Comique. Contenant les meilleures pièces qui ont été représentées aux foires de St. Germain & de St. Laurent recueillies, revues et corrigées par MM. de Lesage et d'Orneval” (1724).
Consultable à la BNF, ainsi qu'à la bibliothèque de l'Arsenal.
Voir les contributions
Édition du jour
Daté du jeudi 29 décembre
Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.
Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois
Ce message s’affichera sur l’autre appareil.
Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.
Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).
Comment ne plus voir ce message ?
En cliquant sur « » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.
Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?
Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.
Y a-t-il d’autres limites ?
Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.
Vous ignorez qui est l’autre personne ?
Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.
Lecture restreinte
Votre abonnement n’autorise pas la lecture de cet article
Pour plus d’informations, merci de contacter notre service commercial.
Newsletters du monde
Applications Mobiles
Abonnement
Suivez Le Monde