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La région la plus russophile de l’Ukraine reste cependant attachée à l’unité nationale. Par le passé, les migrations et les conquêtes ont modelé ce territoire aujourd’hui convoité par Moscou.
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Ukraine : la double identité du Donbass, une région façonnée par son histoire
La Russie de Vladimir Poutine menace de s’emparer du Donbass, une région d’Ukraine russophone. En photo : la statue d’Alekseï Stakhanov dans la ville nommé après lui, à 20km à l’ouest de Lougansk.
JOHN MACDOUGALL/AFP
Une jambe en Ukraine, l’autre en Russie. L’histoire du Donbass illustre parfaitement les raisons qui opposent aujourd’hui les deux nations. Géographiquement, le territoire est composé de trois régions appelées « oblasts » : Donetsk et Lougansk en Ukraine ainsi que Rostov de l’autre côté de la frontière. On utilise toutefois davantage le terme pour évoquer les deux régions ukrainiennes.
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Le Donbass est, outre la Crimée annexée, la région la plus russophile d’Ukraine. Avant l’éclatement du conflit en 2014, la minorité ethnique russe représentait plus d’un tiers de la population. Sur le plan linguistique, les russophones y sont largement majoritaires. Ils représentaient en 2001 jusqu’à 75 % des habitants de Donetsk et presque 70 % à Lougansk.
Sous domination successive des Tatars de Crimée et des cosaques du Don, la région est rattachée à la « Nouvelle Russie » lors des conquêtes russes dans les années 1770. C’est également au XVIIIe siècle que le nom « Donbass » apparaît pour la première fois. Le mot est une contraction de « Don », du nom du fleuve qui le traverse, et de « bass » pour bassin (en l’occurrence, minier).
Tout au long du XVIIIe siècle, l’exploitation de houille, de sel de gemme et de charbon favorise un essor économique et démographique rapide à la région. Des colons venus de Russie s’y installent progressivement. Un siècle plus tard, l’industriel gallois John Hughes fonde la ville de Donetsk. Portées par l’exploitation houillère, la ville et sa périphérie deviennent un bastion de l’industrie lourde, notamment le charbonnage et la sidérurgie.
À l’issue de la guerre civile qui voit en 1922 l’avènement de l’URSS, le Donbass est rattaché à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Les dirigeants soviétiques utiliseront à leur bénéfice le caractère minier de la région en se servant du mineur Alekseï Stakhanov, élevé au rang de mythe et représenté comme le travailleur soviétique par excellence.
L’est de l’actuelle Ukraine se retrouve dans les années 1930 très fortement touché par la famine organisée par Staline dans le pays. Selon des estimations, entre 20 et 25 % de la population du Donbass aurait succombé à l’Holodomor, mot ukrainien signifiant littéralement : « extermination par la faim ».
La misère se répand dans la région, qui ne retrouvera pas d’allant économique avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. La reconstruction de la zone dévastée engendre alors une nouvelle vague d’arrivée d’ouvriers russes, modifiant encore davantage l’équilibre démographie.
En 1991, le Donbass, à l’image du reste de l’Ukraine, se prononce très largement en faveur de l’indépendance vis-à-vis de l’URSS. Le « oui » remporte dans les oblasts de Donetsk et de Lougansk plus de 80 % des voix. Mais cette indépendance fait à nouveau plonger l’économie de la région, et d’importantes grèves se déclarent deux ans plus tard.
Afin de calmer la grogne qui agite le Donbass, le gouvernement de Kiev soumet à sa population un référendum consultatif. Il y est notamment question de reconnaître le russe comme langue officielle, de constituer un État fédéral ukrainien (et non plus centralisé) et d’un rapprochement avec les anciennes républiques soviétiques. Ces propositions sont approuvées par 90 % des habitants du Donbass, signe de son identité singulière. Elles ne seront toutefois jamais appliquées.
→ RELIRE. Ukraine : Poutine reconnaît l’indépendance des territoires séparatistes du Donbass
Pour autant, plusieurs enquêtes d’opinion menées dans années 2000 et 2010 montrent que, malgré une sympathie évidente envers la Russie et l’existence d’un vivier séparatiste actif, la majorité de la population manifeste son désir de rester dans l’Ukraine. Ultime symbole de sa double identité, le Donbass vote largement en 2010 en faveur du président Viktor Ianoukovytch, allié du voisin russe. Sa destitution en 2014 provoque la guerre dans la région dont un tiers est à présent contrôlé par les forces prorusses.
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