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PHOTO SERGEY GUNEEV, SPUTNIK
Vladimir Poutine, président de la Russie, lors d’une visite dimanche d’un site de construction de l’Agence spatiale russe, à Moscou
C’est LA question de l’heure : l’arme de dissuasion massive des Occidentaux, l’étouffement financier, finira-t-elle par faire plier Vladimir Poutine ?
Dans l’immédiat, la stratégie ne forcera pas le dictateur à retirer ses troupes de l’Ukraine. La bombe financière a toutefois fait ses premiers dégâts majeurs. Elle a forcé la Bourse de Moscou à fermer pour interrompre la débandade de ses titres, en plus de faire chuter le rouble russe de 21 % lundi et de doper les taux d’intérêt.
Qui sait, donc, si l’étouffement financier ne jouera pas un rôle central dans la résorption de la crise ?
En quoi consiste-t-il au juste ? Essentiellement, les Occidentaux veulent empêcher les entreprises et les particuliers russes de négocier avec les étrangers ou, autrement dit, d’utiliser le rouble russe pour acquérir des biens, des services et des devises étrangères.
Pour ce faire, les États-Unis et leurs alliés – et même la Suisse, historiquement neutre – se sont entendus pour que plusieurs des grandes banques russes n’aient plus accès au système Swift, qui est une plateforme mondiale de communications bancaires, un genre d’Interac. Environ 70 % du secteur bancaire russe serait touché.
Le système financier russe pourrait trouver une solution de rechange, mais elle sera bien plus coûteuse et il faudra du temps.
Avec le gel d’accès au système Swift, la demande pour le rouble se tarit d’un coup, les entreprises ne pouvant plus utiliser cette unité monétaire pour faire des importations et des exportations.
Cette pression à la baisse sur le rouble face aux autres monnaies est accentuée par la crise de confiance de la population, qui commence à faire la queue pour retirer ses dépôts bancaires en roubles.
Normalement, la Banque centrale russe aurait pu puiser dans ses énormes réserves pour endiguer la situation, c’est-à-dire soutenir le rouble et financer ainsi les activités quotidiennes de l’économie russe, notamment la guerre. Depuis l’invasion de la Crimée en 2014, faut-il savoir, les réserves russes sont passées de l’équivalent de 499 milliards US à 630 milliards US.
Mais la Banque centrale est menottée : les pays occidentaux se sont concertés pour refuser toutes les transactions de la Banque, donc celles libellées en monnaie « occidentale ».
Selon le rapport 2022 de la Banque centrale de Russie, les deux tiers des réserves de la Banque étaient libellés en monnaie « occidentale » (euros, dollars américains, livres sterling, etc.) au 30 juin 2021. Et seulement 13,1 % étaient en renminbis, soit la monnaie du seul grand pays qui n’a pas dénoncé l’invasion, la Chine, tandis que 21,7 % sont constitués d’or.
Bref, l’essentiel des réserves de la banque ne peut être utilisé pour freiner l’effondrement du rouble. « Le but est de couper les vivres au système financier russe », m’explique Hendrix Vachon, économiste du Mouvement Desjardins spécialisé dans les devises.
Pour faire face à la situation, la banque est contrainte de doper son taux d’intérêt de référence. Lundi, il est ainsi passé de 9,5 % à 20 %. Ce bond, espère la Banque, aura pour effet d’inciter les épargnants à laisser leurs avoirs dans les banques, plutôt que de se ruer pour les retirer. Il a aussi pour but de freiner la fuite de capitaux russe vers l’étranger.
Autre outil pour stimuler la demande pour le rouble et freiner son effondrement : l’exigence faite aux entreprises exportatrices russes de convertir en roubles 80 % de leur encaisse à l’avenir. La commande ne sera pas facile, étant donné le gel d’accès au système Swift.
À moyen terme, le contrecoup sera majeur sur la population russe. Avec un taux d’intérêt de 20 %, l’économie russe sera durement frappée, probablement davantage qu’avec les sanctions occidentales de 2014 sur les biens importés. À ces forts taux d’intérêt s’ajoutera un contexte fortement inflationniste.
« La stratégie d’étouffement financier pourrait résorber la crise. En tout cas, ça donne l’effet souhaité pour le moment », dit Hendrix Vachon.
Le professeur de HEC Montréal Jean Roy, expert du système financier, n’en est pas si sûr.
Ce ne sont pas toutes les banques russes qui ont été exclues du système Swift. Il y aura donc un possible contournement. Ça rend les transactions financières internationales difficiles, mais pas impossibles.
Jean Roy, professeur de HEC Montréal
Les banques non exclues sont celles utilisées pour les transactions de gaz naturel entre la Russie et l’Allemagne, entre autres.
La Chine peut jouer un grand rôle pour la stabilité du système financier russe. « Si la Chine regarde ailleurs, ça pourrait fonctionner, sinon, la Russie disposera d’un gros appui », dit M. Roy.
L’expert croit que ce sont peut-être les oligarques, qui voient leur fortune s’effondrer et leurs séjours en Europe interdits, qui risquent d’avoir davantage d’effet, en faisant pression sur Poutine.
L’économiste en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, juge que l’étouffement du système financier russe peut amener Poutine à reconsidérer ses options. Il redoute toutefois « les effets de contagion ailleurs dans le système financier mondial ».
De fait, si les entreprises russes ne peuvent plus faire de transactions, nombre de fournisseurs internationaux seront privés de paiements, passés et futurs. Et ces ramifications toucheront en particulier les pays émergents, dont la Chine, croit-il, avec ses effets indirects sur les pays du G20.
« Nous entrons en territoire totalement inconnu », dit l’économiste.
Effectivement…
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« Voici une histoire d’horreur de service à la clientèle qui pourrait être intéressante pour vos lecteurs », m’a écrit une lectrice pendant qu’elle était coincée à l’aéroport de Manille, aux Philippines.
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J’ai une idée pour le nouveau responsable de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, et pour le comité sur la transition énergétique, dirigé par François Legault.
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