Publié le 07-03-2022 à 13h00
Le conflit en Ukraine pèse lourdement sur les devises européennes, dont l’euro, les investisseurs se montrant de plus en plus pessimistes sur les perspectives économiques du Vieux Continent alors que le prix de l’énergie s’envole.
La possibilité de sanctions sur le pétrole russe faisait perdre 0,93 % à l’euro, à 1,0827 dollar vers 10H50 GMT, quelques instants après avoir atteint 1,0806 dollar, un niveau plus vu depuis mai 2020. Depuis le début de l’année, l’euro a perdu 4,8 %.
Ce lundi, l’inquiétude des marchés se focalisait sur la possibilité de sanctions économiques qui viseraient directement le pétrole russe. Première victime sur le marché des changes, la monnaie russe fondait de 10 % à 137,70 roubles pour un dollar, après avoir touché 142,18 roubles, un nouveau plus bas historique. Depuis le 1er janvier, le rouble a dégringolé de 45 %.
Les monnaies des pays frontaliers de l’Ukraine souffraient également : -2,4 % pour le zloty polonais, qui touchait un nouveau plus bas depuis novembre 2000 à 4,60 zlotys pour un dollar. Le forint hongrois évoluait lui à un record de faiblesse à 367,94 forints pour un dollar.
Des sanctions sur les exportations de pétrole russe “feraient ricochet sur les économies” européennes, “diminuant l’offre sur le marché mondial, augmentant les prix pour les industries et rendant encore plus douloureuse la hausse du coût de la vie”, détaille Susannah Streeter, analyste chez Hargreaves Lansdown.
L’Europe est bien plus dépendante du gaz russe que les Etats-Unis. Les répercussions attendues sur la croissance du Vieux continent sont donc plus importantes que sur l’économie américaine, moins liée à celles de la Russie et l’Ukraine.
“La Fed (Réserve fédérale américaine) peut toujours agir” en resserrant sa politique monétaire pour combattre l’inflation “tandis que la BCE (Banque centrale européenne) et peut-être aussi la BoE (Banque d’Angleterre) sont coincées”, estime Neil Wilson, analyste chez Markets.com. La BCE, dont le Conseil des gouverneurs se réunit jeudi, n’a pas énormément de marges de manœuvre face au double risque d’un choc d’inflation et d’un ralentissement de la croissance en zone euro.
“Malgré la hausse des prix, la BCE va probablement retarder son calendrier de resserrement monétaire”, juge Han Tan, analyste chez Exinity.
Les cambistes ont également limité leurs achats de livre britannique, alors que la Banque d’Angleterre se réunira la semaine prochaine. La livre britannique, moins directement touchée pour l’instant (-0,60 % à 1,3151 dollar, -2,75 % depuis le 1er janvier), a tout de même atteint un plus bas depuis décembre 2020 à 1,3142 dollar.
Dans ce contexte morose, l’or, valeur refuge, s’échangeait pour 2 000,40 dollars l’once, un plus haut depuis août 2020, s’approchant de son sommet historique atteint à 2 075,47 dollars.
Autre valeur refuge, le franc suisse se stabilisait face à l’euro (-0,01 % à 1,0019 franc suisse pour un euro). La devise helvétique, qui se renforce depuis le début du conflit, a brièvement franchi la parité à 0,9972 franc suisse, une première depuis 2015.“Il est difficile de savoir comment la Banque centrale suisse va réagir”, commentait Ipek Ozkardeskaya, analyste chez SwissQuote: si un franc suisse trop fort inquiète généralement l’institut monétaire, la vigueur de la devise permet également de contre-balancer la hausse des prix de l’énergie.
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