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Alors que l’inflation frôle désormais les 80% en Turquie, la banque centrale a, une nouvelle fois, abaissé son principal taux directeur. Après l’avoir déjà baissé à plusieurs reprises au cours du second semestre 2021, elle l’avait maintenu depuis décembre à 14%. Il est désormais passé à 13%, à rebours de la stratégie adoptée par toutes les banques centrales dont les pays connaissent une forte poussée des prix.
En juillet, la Réserve fédérale américaine (Fed) avait ainsi décidé de relever ses taux directeurs de trois-quarts de point de pourcentage, comme en juin, soit la plus forte hausse des taux aux Etats-Unis depuis 1994. De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux d’intérêt, pour la première fois depuis 11 ans, de 50 points de base en juillet dernier et devrait poursuivre cette hausse en septembre. Et pour cause, en augmentant ainsi leurs taux, les banques centrales comptent freiner l’afflux de liquidités, espérant stopper l’envolée des prix provoquée par la forte reprise de l’activité après deux ans de crise sanitaire et qui a été renforcée par le déclenchement de la guerre en Ukraine. Cette dernière a provoqué une flambée des tarifs de l’énergie, gaz et pétrole en tête.
De son côté, la banque centrale turque a opté pour une politique inverse, dictée par le président Recep Tayyip Erdogan. « Le processus de désinflation débutera avec le rétablissement d’un environnement de paix dans le monde et la disparition des effets de base de l’inflation », justifiait ainsi l’institution monétaire en juin dernier. Erdogan a bâti, ces dernières années, un modèle économique qui repose largement sur la consommation et l’investissement encourageant de vastes projets immobiliers et qui serait donc mise à mal par une hausse des taux d’intérêts.
Le président a donc laissé une inflation à deux chiffres s’installer durablement, et ce, depuis 2017. A 79,6% sur un an en juillet, selon les chiffres officiels, elle atteint son plus haut niveau depuis vingt-quatre ans. D’autant que selon le Groupe de recherche sur l’inflation (Enag), composé d’économistes turcs indépendants, elle atteignait en réalité 175,5% sur un an en juin, soit plus de deux fois le taux communiqué par l’Office national des statistiques (Tüik).
Mais en refusant de combattre la hausse des prix, le chef de l’Etat a fait s’effondrer la devise nationale. Une forte inflation a, en effet, fait chuter le taux de change de la livre turque par rapport aux devises étrangères, notamment l’euro et le dollar. Elle a, ainsi, perdu 44% face au dollar en 2021 et plus de 25% depuis le 1er janvier, malgré des interventions de la banque centrale et l’annonce fin juin d’une mesure de soutien à la livre turque.
(Avec AFP)
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