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L'euro est créé en 1999. Depuis, la monnaie unique est passée par une phase d'appréciation, puis de baisse, avant de se stabiliser entre 1,10 et 1,20 dollar pour 1 euro. La guerre en Ukraine a déclenché un nouvel affaiblissement de la monnaie européenne. Un euro plus faible implique un dollar plus fort. Décryptage des conséquences économiques.

Par  La Rédaction

Temps de lecture  9 minutes
Comment l’euro a-t-il évolué par rapport au dollar depuis sa création ? Comment expliquer l’actuelle faiblesse de l’euro ? Que signifie “parité” euro-dollar ? Qui profite d’un euro faible ? Quels sont les inconvénients d’un euro faible ? Que fait la Banque centrale européenne (BCE) pour limiter la baisse de la monnaie unique ? Qui peut bénéficier de la hausse des taux de la BCE et qui peut y perdre ? Alors que la BCE vient de relever ses taux, retour avec Vie-publique.fr sur les dernières évolutions de la monnaie européenne face au dollar américain.
 
Le 4 janvier 1999, la monnaie européenne est introduite à 1,1789 dollar pour 1 euro. Après des débuts hésitants (en octobre 2000, l’euro ne vaut plus que 0,85 dollar), la monnaie unique entame jusqu’à 2008 une solide phase de réévaluation. Le 15 juillet 2008, elle atteint son plus haut historique à 1,60 dollar.
Depuis, l’euro baisse en deux phases :
La faiblesse de la monnaie unique a commencé en 2008 avec la crise financière qui s’est transformée, dans l’Union européenne, en crise de la dette de la zone euro. Cette crise a pénalisé la monnaie unique car elle a mis des doutes sur la stabilité de la zone et la pérennité de l’euro. Grâce à la politique monétaire conduite par la Banque centrale européenne (BCE) et les efforts budgétaires des États membres, l’euro a pu être stabilisé.

L’affaiblissement récent de l’euro, quant à lui, a des raisons plus diverses :
En automne 2021, la crise sanitaire reprend en Europe et pèse sur les perspectives de croissance. L’inflation, qui progresse depuis 2021, s’accélère en 2022, d’abord à cause de problèmes d’approvisionnement liés à la crise sanitaire et la fermeture de sites de production en Chine, puis encore plus nettement à cause de l’intervention militaire russe en Ukraine. Cette dernière fait non seulement flamber les prix des matières premières, mais fait surtout planer le risque d’une crise énergétique sur l’Europe avec le spectre d’une rupture de l’approvisionnement de gaz venant de Russie. L’ensemble de ces facteurs, auxquels on peut ajouter les sanctions prises par les pays européens à l’encontre de la Russie, pèsent sur la confiance et freinent la croissance en zone euro. L’euro est alors moins recherché sur le marché monétaire.
À ces facteurs conjoncturels et géopolitiques s’ajoutent des facteurs monétaires. Le dollar est une traditionnelle valeur de refuge en temps de crise. L’attractivité du billet vert est renforcée par le différentiel de taux en défaveur de l’euro : la Banque centrale américaine (la Fed), pour lutter contre l’inflation, a commencé en mai 2022 un cycle assez vigoureux de hausses des taux directeurs, la Banque centrale européenne, quant à elle, est encore au début de ce mouvement. Le 21 juillet, elle a annoncé une hausse de 50 points de base des trois taux directeurs. Les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement, de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt passent à respectivement 0,50%, 0,75% et 0,00% à compter du 27 juillet 2022. Aux États-Unis, en revanche, les taux directeurs évoluent depuis le 27 juillet 2022 entre 2,25% et 2,50%.
La parité euro-dollar veut dire que, pour un euro, on ne peut plus acheter qu’un dollar. C’est une première depuis 2002. En 2008 par exemple, on pouvait acheter, pour 1 euro, 1,60 dollar. La dépréciation de la monnaie unique s’est accélérée depuis début 2022.
Un euro plus faible veut dire un dollar plus fort : tout ce qui est importé des États-Unis ou ce qui est facturé en dollar devient plus cher. Il faut donc dépenser plus d’euros. Voyager en zone dollar devient plus coûteux pour les Européens. En revanche, pour les Américains, les vacances sur le Vieux Continent sont plus attractives financièrement : ils bénéficieront d’un meilleur pouvoir d’achat en Europe.
Outre le tourisme européen qui peut espérer attirer davantage de vacanciers d’outre-Atlantique, ce sont les entreprises exportatrices de la zone euro qui profitent d’un euro plus faible : le prix à l’exportation baisse ce qui rend les produits facturés en euro plus attractifs sur les marchés mondiaux. Ce sont d’abord les traditionnels pays exportateurs qui en profitent, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas avec leur grand secteur industriel, puis les secteurs tournés vers l’étranger et notamment vers les États-Unis comme le secteur du vin, du luxe, de l’aéronautique ou de l’agroalimentaire pour la France.
Cet avantage compétitif peut cependant se réduire, voire même disparaître, si les biens exportés sont facturés en dollars ou si leur production nécessite beaucoup de biens intermédiaires importés ou devenus plus chers à cause de la hausse des prix de l’énergie. En 2021, les États-Unis, avec 36 milliards d’euros, ne sont arrivés qu’à la cinquième place dans des exportations françaises en volume, derrière l’Allemagne (69 milliards d’euros), l’Italie, la Belgique et l’Espagne.
La monnaie unique est en baisse non seulement par rapport au dollar, mais également vis-à-vis du dollar canadien et du franc suisse. Cette faiblesse renchérit les importations de l’extérieur de la zone euro. Le premier touché est le consommateur français, traditionnellement plutôt intéressé par des produits importés.
La majorité des entreprises françaises sont également concernées : les artisans, les commerçants et les petites entreprises qui n’exportent pas ou très peu, mais qui subissent la hausse des produits importés et celle des prix de l’énergie, y compris de l’électricité. Pétrole et gaz étant facturés en dollar, consommateurs et entreprises doivent supporter un budget plus élevé pour le transport et le chauffage. Afin de limiter cette charge, le Gouvernement a mis en place un bouclier tarifaire sur l’énergie et d’autres mesures en faveur du pouvoir d’achat.
La BCE ne poursuit ni une politique de ciblage du taux de change, ni une politique axée sur la croissance économique. Son seul objectif est la stabilité de l’euro (ce qui englobe aussi sa pérennité) que le Conseil des gouverneurs juge compatible avec une inflation à hauteur de 2% à moyen terme. Afin de contrer la généralisation des tensions inflationnistes, le Conseil des gouverneurs a décidé, en juin 2022, d’adopter de “nouvelles mesures de normalisation de sa politique monétaire“. D’abord, la BCE a annoncé de mettre un terme aux achats nets dans le cadre de son programme d’achats d’actifs (asset purchase programme, APP) à compter du 1er juillet 2022. Puis, par décision prise le 21 juillet 2022, elle a choisi de relever, à compter du 27 juillet 2002, ses trois taux directeurs de 50 points de base, une première depuis plus de onze ans. Ce tournant majeur de sa politique monétaire portera ses trois principaux taux à respectivement 0,50%, 0,75% et 0,00%. Le différentiel avec les taux américains sera ainsi réduit. À moyen terme, la BCE prévoit un tassement des coûts de l’énergie, ainsi qu’une atténuation des perturbations de l’offre liées à la pandémie. Elle table sur un taux annuel d’inflation de 6,8% en 2022, puis une décrue à 3,5% en 2023 et à 2,1% en 2024. Mais le Conseil des gouverneurs ne veut pas en rester là. Lors des prochaines réunions du Conseil des gouverneurs, il conviendra de poursuivre la normalisation des taux.
La trajectoire future des taux directeurs du Conseil des gouverneurs dépendra des données et contribuera à assurer que son objectif d’inflation de 2% à moyen terme soit atteint.
La hausse des taux de refinancement de la BCE renchérit l’accès au crédit en zone euro, d’abord pour les banques, ensuite pour les consommateurs et les entreprises. Les crédits à la consommation et crédits immobiliers vont ainsi devenir plus chers. Les entreprises seront touchées de la même manière, tout comme les États endettés dont la charge de la dette s’alourdira.

En revanche, les épargnants vont sortir de la phase de taux d’épargne très bas, voire négatifs. Le ministère de l’économie a annoncé que le taux d’intérêt annuel du livret A, fixé à 1% depuis le 1er février 2022, sera revalorisé à 2% à compter du 1er août 2022. Les autres taux d’épargne vont suivre cette tendance, mais la hausse ne sera probablement pas suffisante pour compenser le niveau d’inflation. Les taux réels resteront donc temporairement négatifs. Les bourses mondiales traduisent déjà ces changements : les cours des actions se tassent, voire baissent, tandis que les obligations retrouvent la faveur des investisseurs.
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