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«Le commerce international est un facteur fondamental de croissance, en particulier pour les pays pauvres…», Olivier Blanchard, sept 2022

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Points de vue
Charles-Henry Monchau, Syz
5 minutes de lecture
Les sanctions économiques imposées à la Russie par l’Occident en représailles à l’invasion de l’Ukraine pourraient inciter les banques centrales à repenser leur politique de réserve de change.

Le 14 février dernier, le gouvernement de Justin Trudeau décidait d’imposer des sanctions financières à certains activistes du convoi de la liberté, un mouvement populaire qui bloquait Ottawa pour protester contre l’obligation vaccinale anti-Covid-19.  Quelques jours plus tard, la police canadienne annonçait que plus de 200 comptes bancaires en lien avec le mouvement de protestation avaient été gelés. Il s’agit d’un événement sans précédent dans un pays développé avec un message sans équivoque: si le gouvernement n’apprécie pas la manière dont vous utilisez votre argent, il peut décider du jour au lendemain que vous n’avez plus la main sur vos avoirs.
Deux semaines plus tard, une décision confiscatoire d’une tout autre dimension voyait le jour: en représailles à l’invasion de l’Ukraine, l’Occident a décidé de bloquer les avoirs de la Banque centrale russe. En effet, les Etats-Unis, le Canada, la France, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni veulent «empêcher la Banque centrale russe de déployer ses réserves internationales d’une manière qui compromette l’impact des sanctions.». La moitié des 630 milliards de dollar de réserves qui auraient pu être utilisés par les russes pour défendre le rouble (en chute libre) et pour recapitaliser les banques locales (coupées du SWIFT) ne sont aujourd’hui pas accessibles à Moscou.
C’est la première fois qu’une banque centrale du G20 est sanctionnée de la sorte. La Russie est désormais un paria du système financier international, au même titre que l’Iran, le Venezuela ou la Corée du Nord.
Cette décision extraordinaire est susceptible de remettre en cause le système monétaire international qui est en place depuis maintenant plus de 50 ans. Comme rappelé récemment par Gavekal, l’ordre financier tel que nous le connaissons repose sur les bases suivantes:
La thésaurisation de réserves en devises internationales est une pierre angulaire de l’actuel système monétaire. Les réserves mondiales en devises ont d’ailleurs littéralement explosé au cours des vingt dernières années, passant de 1,8 trillion au début des années 2000 à 12,8 trillions à la fin de l’année dernière. Ces réserves sont principalement détenues sous forme de bons et d’obligations d’État américains et européens, le dollar américain représentant encore près de 60% de ces réserves et l’euro environ 20%. Comme le montre le graphique ci-dessous, les réserves globales s’élèvent à près de 15 trillions, car les banques centrales détiennent également d’autres actifs tels que l’or – nous y reviendront.
Même si ce système a créé de nombreux excès et disparités, il a plutôt bon fonctionné depuis la fin de Bretton Woods, et en particulier pour les américains qui ont ainsi trouvé un moyen de financer leurs déficits jumeaux.

Mais pour de nombreux observateurs, le fait que l’Occident ait choisi de geler les réserves en dollar (et en euro) va inciter certains gouverneurs de banque centrale à repenser la logique de constitution des réserves mais aussi le bien fondé d’investir une partie du bilan dans des bons du Trésor américain. Avec des rendements réels négatifs (-5% pour le 10 ans), les obligations américaines n’ont d’autre raison d’être que la sécurité qu’elles offrent à leurs détenteurs. Mais si Washington peut décider du jour au lendemain de geler les dollars qu’un pays souverain pensait être les siens, les gouverneurs des banques centrales de Chine, du Pakistan, de l’Inde, de la Turquie, du Kazakhstan ou d’Arabie Saoudite ne vont-ils pas être incités à vendre tout ou une partie de leurs dollars et diversifier leurs avoirs dans d’autres actifs? Bien sûr, les circonstances liées à cette décision sans précédent des pays occidentaux sont tout à fait exceptionnelles et ne sont pas censées se répéter (du moins on l’espère…). Toutefois, ce gel des avoirs de la banque centrale russe pourrait avoir les conséquences suivantes.

Alors que de nombreux pays ont probablement la tentation de réduire leur dépendance au dollar et à l’euro, ils font cependant face à un problème de taille: comment et dans quel actif réinvestir des trillions de dollars actuellement détenus en tant que réserve?
Jusqu’à la crise ukrainienne, l’euro faisait figure de principale alternative au dollar. Mais l’alignement des européens avec les américains lors de ce conflit n’est pas de nature à renforcer l’attrait de l’euro pour les Etats qui veulent s’affranchir du type de risque discuté ci-avant.
Le yuan fait partie lui aussi des alternatives, et ce d’autant plus que la Chine pèse de manière toujours plus importante dans les échanges (cf. article Allnews «La dette chinoise, valeur refuge?»).
L’or est bien entendu un candidat tout désigné. Les banques centrales ont d’ailleurs accumulé 463 tonnes d’or supplémentaires en 2021, portant les réserves d’or mondiales à environ 35’600 tonnes, leur plus haut niveau depuis près de 30 ans…
Mais l’or en tant qu’actif de réserve a ses limites. Tout d’abord au niveau de sa valeur de marché, qui est aujourd’hui d’environ 12 trillions de dollars, un montant faible en comparaison des quelques 29 trillions de dollars d’échanges commerciaux annuels.
Autre limitation de l’or: il n’est pas si simple de le stocker et de le transférer.
Ces limitations sont autant d’éléments qui amènent certaines banques centrales à considérer des cryptomonnaies telles que le bitcoin comme possible monnaie de réserve: offre limitée (cf. article Allnews «Ce qui est rare est cher»), décentralisation, aisance de stockage et de transférabilité sont autant d’éléments qui font du bitcoin un candidat en tant qu’actif de réserve pour les banques centrales. Mais cet actif a lui aussi des limites: valeur de marché encore plus restreinte que celle de l’or, risque légal, forte volatilité, etc.
Même si le mouvement de diversification des réserves est en marche, la dédollarisation ne peut pas intervenir du jour au lendemain. Mais il est fort probable que la composition des bilans des banques centrales soient désormais scrutés de manière encore plus étroite par les économistes mais aussi les gouvernements, tant les conséquences macro-économiques et financières d’une réallocation des actifs pourraient être considérables.   
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Biographie
Directeur des investissements (CIO)
Charles-Henry Monchau a rejoint la Banque Syz en tant que CIO en octobre 2021. Avant de rejoindre la banque, il a occupé des postes de direction auprès de Dubai Investments (CIO), Deutsche Bank (responsable de l’allocation d’actifs pour la banque en Europe et Moyen-Orient), EFG Bank (CIO Europe), Rothschild Bank AG, Lombard Odier et BNP Paribas. Il a également participé au lancement d’une banque digitale en Suisse en 2020-2021. Charles-Henry est titulaire d’un Executive MBA de l’Instituto de Empresa et d’un MSc en finance de HEC Genève .
Société
Fondé à Genève en 1996, SYZ est un groupe bancaire suisse en forte croissance, qui se concentre exclusivement sur la gestion d’actifs à travers deux métiers complémentaires: la banque privée haut de gamme et la gestion institutionnelle. SYZ offre aux investisseurs privés et institutionnels un style d’investissement axé sur la gestion active et la réduction du risque qui vise une performance absolue. Le Groupe a une présence internationale avec 18 bureaux. Il possède des fonds propres solides et bénéficie de son statut de société indépendante grâce à son actionnariat familial.
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