Savez-vous ce que sont l’Abeille, la Sardine et la Luciole ? Des monnaies locales, respectivement en circulation à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), à Concarneau (Finistère) et dans le sud de l’Ardèche. Une trentaine de monnaies locales existent aujourd’hui en France et autant sont en phase de projet. Même la mairie du XIe, à Paris, envisage d’en adopter une, comme le relatait ce weekend Le Parisien. Un phénomène en pleine croissance : il n’en existait encore aucune avant 2010.
>> Mais à quoi servent vraiment ces nouveaux modes d’échanges ? A-t-on intérêt à les développer ? Que pèsent-ils aujourd’hui ? Décryptage.
De quoi parle-t-on au juste ? Les monnaies locales n’ont un statut légal que depuis 2014. Elles consistent en des « dispositifs d’échange locaux de biens, de services et de savoirs, organisés autour d’une monnaie spécifique permettant à la fois d’évaluer et de régler des échanges », selon leur définition officielle. Dans les faits, ce sont des monnaies non obligatoire et complémentaire de l’euro. En clair, en aucun cas vous ne trouverez un commerce qui refuse de vendre ses produits en euros. Par ailleurs, pour l’heure, toutes ces monnaies sont gagés sur l’euro (un euro est égale à une Abeille par exemple).
La grande majorité des monnaies sont émises et gérées par des associations. Dans le Pays-Basque, par exemple, usagers et commerçants doivent adhérer à l’association Euskal Moneta pour pouvoir utiliser des Euskos. Il suffit de donner un euro à l’association pour recevoir un Eusko. Les détenteurs d’Euskos peuvent ensuite utiliser leur monnaie chez les 450 commerçants qui participent à l’initiative. Ces derniers s’engagent donc à accepter l’euro et l’Eusko (qui est d’ailleurs la seule monnaie locale payable en carte bleue).
La plupart du temps, les euros sont ensuite mis en réserve par les associations sur un compte. Et seuls les commerçants partenaires peuvent venir échanger leur monnaie locale contre des euros, moyennant une contribution.
Dans de rares cas, comme dans l’agglomération nantaise avec le SoNantes, ou dans la commune du Sequestre (Tarn) avec l’Occito, c’est une collectivité publique gère l’échange de monnaie.
À quoi ça sert exactement ? Pour l’usager, l’adoption de la monnaie locale relève plus de l’engagement que du bon plan. Car dans les faits, tant que ces monnaies ne feront qu’accompagner l’euro et ne le remplaceront pas, rien ne changera : les prix ne baisseront ni n’augmenteront pas. Le but de la monnaie locale est avant tout « d’orienter la consommation de manière à la rendre plus responsable », pour reprendre les termes d’un rapport ministériel publié en février dernier. En acceptant une monnaie locale, le consommateur s’engage ainsi à consommer dans sa région, ce qui booste l’emploi local et réduit l’impact environnemental de ses achats. En outre, la spéculation est évitée : ces monnaies sont en effet dites « fondantes ». Si on les garde trop longtemps, elles perdent de leur valeur, ce qui pousse à la consommation.
Dans un rapport sur la question publié le 15 avril dernier, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) met en avant l’exemple de la ville de Palmeiras, au Brésil. Cette dernière a introduit une monnaie locale, la Palma, dans l’une de ses favelas. Résultat : la consommation à l’intérieur des murs de la favela serait passée de 5% à 95%, ce qui aurait permis de créer 3.600 emplois en 15 ans dans ce quartier défavorisé. « L’avantage des monnaies complémentaires pour les utilisateurs est de créer du lien entre les acteurs. Cela se vérifie aisément en remarquant que les zones ayant mis en place des systèmes locaux voient les transactions entre individus de cette zone augmenter », analyse le CESE.
En outre, en adhérant à l’association émettrice, l’utilisateur peut participer aux débats sur les taux et les volumes. Une « véritable démocratisation de la monnaie », selon le rapport ministériel de février.
Quels sont les risques ? Mais de nombreux risques entourent encore l’utilisation de ces monnaies, ce qui freine son développement. Côté utilisateur, le CESE pointe un risque de confusion. « La multiplication du nombre de monnaies possibles peut conduire au risque d’avoir des perceptions de valeurs différentes pour un même bien. Comment suivre l’ensemble des taux de conversion de ces monnaies par rapport à son salaire qui est versé dans une autre monnaie ? », se demande le conseil.
En outre, « l’autre risque est d’être déconnecté de la réalité économique du pays », poursuit le CESE, qui prend l’exemple du WIR, cette monnaie locale utilisée par 60.000 PME suisses. « En temps de crise, les entreprises suisses préfèrent utiliser le WIR pour se protéger des perturbations sur le taux de change suisse. La problématique de déconnection apparaît néanmoins si la situation perdure et que les acteurs ne peuvent plus échanger à l’international en raison d’un taux de conversion défavorable avec les monnaies souveraines », écrit le CESE.
Enfin, existe un risque financier pour l’Etat : aucune TVA n’est prélevée sur la plupart des transactions en monnaies locales. Le CESE en appelle donc à davantage « contractualiser » les échanges.
Une niche en croissance. Pour l’heure, l’utilisation de ces monnaies reste donc très embryonnaire. Selon le rapport ministériel publié en février dernier, environ 450 personnes utilisent chacune de ces monnaies en moyenne. Et chaque monnaie n’est utilisable que d’en environ 90 commerces. « L’impact des systèmes d’échanges locaux reste pour l’instant modeste, leur création étant encore très récente », peut-on lire dans le document. Mais cette goutte d’eau dispose d’un fort potentiel de croissance : la masse monétaire en circulation de l’Eusko, la monnaie locale la plus utilisée aujourd’hui, est par exemple passée de 200.000 équivalents euros à 500.000 en deux ans.
Les deux rapports cités ci-dessus appellent donc l’Etat et les collectivités à davantage favoriser et contrôler l’utilisation des monnaies locales. Il faut dire que l’intervention des pouvoirs publics compte. À Bristol, par exemple, 10% de la population s’est convertie au « Bristol pound » à partir du moment où le maire a décidé de percevoir son indemnité en monnaie locale.
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